Rentrée littéraire: La vie rêvée d'Ernesto G.,le XXe siècle conté par Guenassia

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 04/09/2012 à 17H14
"La vie rêvée d'Ernesto G." par Jean-Michel Guenassia

"La vie rêvée d'Ernesto G." par Jean-Michel Guenassia

© Albin Michel

"La vie rêvée d'Ernesto G.", titre menteur - car le sujet central n'est pas la vie de Che Guevara- mais roman captivant . Jean-Michel Guenassia invente ici un beau personnage de médecin juif tchèque ballotté par un XXe siècle tourmenté. De Prague à Paris et d'Alger à Prague, le héros, Joseph Kaplan, verra sa vie menacée ou malmenée par le nazisme, puis le communisme. Ce livre humaniste et poignant devrait rencontrer le même succès que "Le Club des incorrigibles optimistes", qui avait décroché en 2009 le Goncourt des lycéens.

"La vie rêvée d'Ernesto G." relate une vie au XXe siècle : pas celle du Che (de passage dans l'ouvrage), mais celle du héros Joseph Kaplan (clin d'oeil au Joseph K. de Kafka) qui naît à Prague  en 1910, dans une famille de médecins juifs.

Par hasard, l'adolescent découvre Carlos Gardel et devient un dieu du tango. Mais le tango ne nourrit pas son homme et, comme son père, Joseph devient médecin après des études à Paris. Un laboratoire lui offre une place de chercheur à Alger, où le surprend la seconde guerre mondiale.

Ah, Alger ! La ville inspire l'auteur, qui y est né en 1950. Alger la blanche, Alger la coloniale, Alger l'enfer, et le paradis. En 1940, l'Algérie française voit s'appliquer les lois de Vichy, et Joseph Kaplan qui avait oublé sa judaïté, va s'enfuir, grâce à son chef, dans une "station expérimentale scientifique" perdue dans les marécages, sur une terre hostile où vit une population misérable.

Un héros attachant, une vision humaniste et désenchantée

Après la libération, Joseph Kaplan, qui a survécu, repart à Prague, où les communistes prennent le pouvoir. La Tchécoslovaquie dépeinte par Guenassia est celle des procès de Prague (1952), rendue tristement célèbre par le le film L'Aveu, tiré du livre d'Artur London : 14 communistes, anciens des Brigades internationales, juifs pour la plupart, sont arrêtés, torturés et onze d'entre eux exécutés pour trahison après un simulacre de procès. 

Dans les années 60, le héros croise enfin la route d'Ernesto Guevara, qui reste pour ses adorateurs l'icône d'un communisme non dévoyé. D'ailleurs, le "Che" n'est plus en odeur de sainteté en URSS.

Dès son premier roman,  "Le Club des incorrigibles optimistes" (prix Goncourt des lycéens 2009), Jean-Michel Guenassia avait emballé critiques et grand public. Il devrait renouveler l'exploit avec son héros attachant, droit et digne et  sa vision tout à la fois humaniste et désenchantée (dont témoigne cette réplique : "vous allez voir, bande de cons, maintenant qu'il n'y a plus de communisme pour vous défendre, ce que vous allez prendre avec le capitalisme triomphant").

"La vie rêvée d'Ernesto G.", Jean-Michel Guenassia (Albin Michel)