"Pour que rien ne s'efface" : Catherine Locandro dresse le portrait en mosaïque d'une actrice défunte

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 06/03/2017 à 14H38, publié le 02/01/2017 à 10H35
La romancière Catherine Locandro

La romancière Catherine Locandro

© David Ignaszewski-Koboy

Une femme est retrouvée morte, décomposée, dans une chambre de bonne parisienne ... Qui était Lila Beaulieu ? Dans ce roman choral à la construction virtuose, une dizaine de personnages racontent tour à tour la vie et les blessures de cette actrice, qui a marqué, par un seul rôle, la mémoire des cinéphiles. Habile et émouvant.

Un cadavre en voie de putréfaction dans une chambre de bonne. Ainsi commence "Pour que rien ne s'efface", le roman choral de Catherine Locandro. Par le regard du croque-mort, bouleversé, malgré l'habitude, par cette femme morte à 65 ans dans la solitude d'une mansarde parisienne.

De récit en souvenirs, une dizaine de personnages vont prendre tour à tour la parole pour raconter leur point de jonction avec feue Lila Beaulieu. Ils entretiennent parfois des liens des plus ténus avec cettte actrice défunte qui a eu sa (courte) heure de gloire. Défilent ainsi la tenancière de bar qui servait occasionnellement un café à cette star d'autrefois, ou la médecin légiste chargée de déterminer les causes du décès.

Comment s'évanouissent les rêves ? 

La disparition de cette comédienne éphémère va surtout raviver les douleurs d'une famille dissoute. Celle du premier mari de Lila, Dan, qui lui avait offert son seul rôle inoubliable au cinéma. Celle de sa fille Sabine, qui n'a jamais pardonné à sa mère de l'avoir laissée seule à six ans, avec sa jumelle Angèle, aux bord d'une piscine. Celle de sa petite-fille Lucie, qui va créer sur Facebook une page hommage en souvenir d'une grand-mère qu'elle aimait, même si elle la connaissait mal.

S'esquisse au fil des pages un portrait en mosaïque d'une enfant du Cannet, née sur les bords de la Méditerranée. Une jeune fille naïve qui a cru trop vite et trop fort que les lumières d'Hollywood pourraient l'arracher sans douleur à la reproduction du modèle maternel, coiffeuse dans cette petite ville balnéaire.

Comment s'évanouissent les rêves ?  Comment détruit-on méthodiquement toutes les chances que la vie vous offre ? Scintillantes et désespérées, parfois banales à pleurer, Catherine Locandro fait briller toutes les facettes d'une star éphèmère dont elle peint, parallèlement, la déréliction. Un plaisir de lecture cousu main, qui fait voler le lecteur de page en page.

"Pour que rien ne s'efface", de Catherine Locandro
(Editions Héloïse d'Ormession, 210 page, 18 €)

Extrait :
"Dans un instant, certains se souviendront d'elle. La porte s'ouvre. Le long silence prend fin. Dans un instant, ils sauront qu'elle est morte".