Patrick Modiano inaugure une promenade "Dora Bruder" à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/06/2015 à 18H02, publié le 01/06/2015 à 17H55
Patrick Modiano inaugure la "Promenade Dora Bruder" à Paris le 1er juin 2015.

Patrick Modiano inaugure la "Promenade Dora Bruder" à Paris le 1er juin 2015.

© Martin Bureau / AFP

Les admirateurs de Patrick Modiano connaissent bien Dora Bruder, jeune juive déportée à Auschwitz, qui est l'héroïne d'un de ses romans. Cette adolescente anonyme est désormais inscrite dans la mémoire publique de la capitale : l'écrivain a inauguré lundi à Paris avec la maire Anne Hidalgo une "promenade Dora Bruder" dans le 18e arrondissement.

"C'est la première fois qu'une adolescente anonyme est inscrite pour toujours dans la géographie parisienne", a déclaré Patrick Modiano avant que ne soit dévoilée la plaque sur une promenade du XVIIIe arrondissement de Paris. "Dora Bruder devient un symbole. Elle représente désormais dans la mémoire de la ville les milliers d'enfants et d'adolescents partis de France pour être assassinés à Auschwitz", a-t-il ajouté.


La petite annonce qui a tout déclenché

"On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1m55, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris".

En décembre 1988, Patrick Modiano est frappé par cet avis de recherche en feuilletant un numéro du journal Paris-Soir daté du 31 décembre 1941. Ce fut le point de départ de son roman, "Dora Bruder", l'un de ses plus célèbres, sorti en 1997.

Hanté par l'histoire de cette jeune fille, Modiano s'efforcera de retrouver le plus d'éléments possibles de sa vie. Comment a-t-elle survécu pendant son escapade ? Dans quelles circonstances a-t-elle été arrêtée et emmenée au camp d'internement de Drancy ?

Inauguration le 1er juin de la "promenade Dora Bruder" à Paris 18e.

Inauguration le 1er juin de la "promenade Dora Bruder" à Paris 18e.

© Martin Bureau / AFP


Pour écrire son roman, Modiano a mené l'enquête

Tel un détective, l'auteur retournera sur les lieux, fera un enquête de voisinage, consultera les documents officiels de la période 1941-1942. Il retrouvera aussi le nom de Dora Bruder dans le Mémorial de la déportation des juifs de France, publié par Serge Klarsfeld en 1978.

"Aujourd'hui que nous sommes réunis dans cette allée qui porte son nom, je ne peux m'empêcher de penser que Dora était tout simplement une enfant du XVIIIe arrondissement, une enfant de Montmartre", a expliqué Patrick Modiano.

Bordée par la rue Belliard, et long de plusieurs centaines de mètres, ce terre-plein était fréquenté jadis par les enfants du quartier qui venaient y jouer. "Pendant l'Occupation, on avait imposé des étoiles jaunes à des enfants pour les séparer des autres et en faire définitivement des parias. Ils n'avaient plus le droit de fréquenter les jardins publics et les terrains de jeu et pourtant ces enfants étaient des Parisiens", a rappelé Patrick Modiano.


Une initiative de la mairie de Paris

C'est après l'attribution du prix Nobel à l'écrivain français, en octobre dernier, que la maire de Paris, Anne Hidalgo, a décidé de donner le nom de Dora Bruder à un lieu de la capitale.

La jeune fille habitait boulevard Ornano, près de la porte de Clignancourt, avant d'être arrêtée et déportée en 1942 au camp d'Auschwitz. C'est donc tout naturellement vers ce quartier populaire que s'est porté le choix des élus parisiens.

"Dora Bruder était une jeune fille qui aimait ce quartier et elle a été arrachée à la vie par la barbarie simplement parce qu'elle était juive", a souligné Anne Hidalgo.

Devant les enfants des écoles voisines, dont l'une avait été fréquentée par Dora Bruder, elle a également rappelé que "70 ans après la libération des camps de la mort, on a tué à Paris des femmes et des hommes parce qu'ils étaient juifs", en référence à l'attaque contre le supermarché casher en début d'année.

"Se souvenir du passé, c'est être capable d'affronter et de répondre à celles et ceux qui font des amalgames, qui voudraient nous faire croire que tout cela est derrière nous, voire que cela n'a jamais existé", a conclu la maire de Paris.