"Panopticon" : une enquête troublante au cœur de l'Europe du XIXe

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/05/2013 à 17H11, publié le 16/05/2013 à 16H15
Le panopticon (ou panoptique) est un type d'architecture carcérale imaginé par les frères Samuel et Jeremy Bentham au XVIIIe siècle

Le panopticon (ou panoptique) est un type d'architecture carcérale imaginé par les frères Samuel et Jeremy Bentham au XVIIIe siècle

© Image UCL Library

Avec plus d’une vingtaine de romans à son actif tant dans le domaine de la science-fiction, du fantastique que du roman policier, Nicolas Bouchard nous emmène, cette fois-ci, dans l’Europe du XIXe siècle. Entre fantaisie et réalité, "Panopticon" plonge le lecteur dans une enquête vertigineuse qui démarre à Londres, en 1820.

L'histoire :
1820. Londres est devenue la ville la plus grande et la plus puissante du monde. La première représentation de "Tancredi", au King’s Theatre, bat son plein lorsque le premier lord est attaqué. Des chimères et des figures mythiques en tout genre, sorties des "Métamorphoses" d’Ovide ou de la "Bibliothèque" d’Apollodore, s’élancent dans le théâtre, contrôlées par un jeune homme. Entre illusion et réalité, elles réveillent les plus grandes peurs de leurs victimes.

Enfermé au secret à la Prison de la Fleet et surveillé par un régiment complet de la Royal Artillery, Bodgam, le jeune garçon, est un vrai mystère pour Sir Robert Gifford, le général Attorney de la Couronne. Il fait alors appel à son vieil ami, le philosophe Jérémy Bentham, retiré du monde depuis plusieurs décennies. Le philosophe de 74 ans quitte sa paisible retraite de Westminster et entame une enquête vertigineuse à travers toute l’Europe, pour démêler le réel de l’irréel et dévoiler la vérité qui se cache derrière ce complot.
Gravure du King's Theatre, aujourd'hui appelé le Her Majesty's Theatre, en 1843

Gravure du King's Theatre, aujourd'hui appelé le Her Majesty's Theatre, en 1843

© D.R.
Des frontières entre fantaisie et réalité brouillées

Dans ce septième roman publié chez Mnémos, Nicolas Bouchard perturbe les croyances et les certitudes de ses lecteurs en mêlant science et registre fantastique. Les limites de la réalité sont brouillées. L'auteur met en scène Jeremy Bentham, un philosophe et réformateur britannique mort en 1832 à Londres. Précurseur du libéralisme, le philosophe a marqué son époque par sa pensée novatrice et sa défense de la liberté individuelle. Nicolas Bouchard en fait le protagoniste de son œuvre fictive et, en cela, mélange plus encore réalité et fiction. Le récit, fluide, est entrecoupé par les extraits de l'ouvrage poshtume de Jeremy Bentham "Considérations sur la morale".

La trame, riche en rebondissements, mélange scènes de combat juxtaposées à de belles rencontres entre un maître et ses élèves. Les personnages, touchants, nous font découvrir des mondes merveilleux aussi vrais qu’imaginaires. Leur personnalité atypique étonne et influe sur toute la trame du roman. Jeremy Bentham, le protagoniste qui brave ses différentes peurs, fait office de la figure du prisonnier de "l’Allégorie de la  Caverne" de Platon, qui délivre ses semblables des chaînes de l’illusion et les amène vers la lumière. Mais se retrouver face à la vérité et penser par soi-même n’est pas aussi simple. Certains des personnages de "Panopticon" ayant grandi dans l’illusion, y laisseront des plumes, voire leur vie.
La couverture de "Panopticon" de Nicolas Bouchard

La couverture de "Panopticon" de Nicolas Bouchard

© Image UCL Library
Les problématiques abordées tout au long du roman auraient mérité une plus ample réflexion et plus d'approfondissement. Malgré une clé de compréhension du titre qui se fait désirer et une fin assez prévisible, Nicolas Bouchard signe un beau récit d’aventure, à la fois historique, mythique, divertissant et agréable à lire, qui interroge sur la condition de l’homme et son rapport à la morale, dans un monde entre science et fantaisie.

Extrait :
"Ce soir-là, les habitants de la tranquille petite ville de Chiseh eurent la surprise de voir arriver un bien étrange équipage. Une roulotte richement ornée de sculptures dorées représentant les arts de la comédie sous la forme de gracieuses déesses aux visages revouverts de masques (décorations dont Bentham avait fait l'acquisition chez un petit artisan de la porte Noire à Dresde), l'équipage, composé de deux robustes chevaux de trait à la robe tachetée, était conduit par un jeune homme de belle mine, vêtu d'un superbe costume, frac, chapeau haut-de-forme et pantalons resserrés aux pieds à la dernière mode de la ville. Une jeune fille réservée, habillée d'une longue robe blanche plissée, marchait devant en baissant les yeux. Elle distribuait aux paysans qui se rassemblaient sur leur passage une petite affichette où étaient imprimés les mots suivants : "Venez rêver ce soir en compagnie du célèbre professeur Jeremy et de ses fantasmagoriques disciples. Sérafim, le flamboyant, vous stupéfiera par ses dons magiques, Iepistimia, la savante, vous éblouira par la profondeur de sa science. Quant à Pavlina, elle vous impressionnera par son exceptionnelle résistance à la douleur".

Panopticon - Nicolas Bouchard (Edition Mnemos - 316 pages - 19€)