Murakami répond à ses fans sur internet

Par @Culturebox
Publié le 16/01/2015 à 10H33
Haruki Murakami à Berlin (7 novembre 2014)

Haruki Murakami à Berlin (7 novembre 2014)

© Kohei Hirotsu/Newscom/SIPA

L'écrivain japonais Haruki Murakami a commencé vendredi à répondre à des questions sur internet où, écartant le sujet de Charlie Hebdo, il condamne les "discours de haine", avoue son souhait de réécrire un essai et déplore la baisse de sa vue.

"Je ne répondrai qu'à une de vos quatre questions, la première", écrit d'emblée l'auteur de "1Q84" au premier individu qui l'a sollicité via le site "Murakami-san non tokoro" (l'espace de M. Murakami), un lieu temporaire d'échanges entre le plus illustre romancier contemporain nippon et ses admirateurs.
 
L'écrivain ne répond pas à une question sur Charlie
 
Exit ainsi le quatrième point soulevé par Gege (pseudonyme, 23 ans, étudiant), à savoir : "Même si les actions terroristes sont bien sûr horribles, pensez-vous que l'on doive protéger la liberté d'expression à la façon des caricatures de Charlie ?"
 
S'exprimer face au fanatisme destructeur est pourtant un thème bien connu et déjà longuement abordé par celui qui, dans "Underground", s'est plongé dans l'étude des vies et motivations des membres de la secte "Aum, vérité suprême", auteurs de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo il y a 20 ans. Il y décrit aussi avec minutie, après une enquête fouillée, le sort des victimes de cette attaque qui a fait treize morts et près de 6.300 intoxiqués le 20 mars 1995.
 
A l'interrogation connexe de Mimi, 43 ans, "Projetez-vous d'écrire un nouvel essai-documentaire comme 'Underground'", Haruki Murakami répond d'ailleurs : "J'y songe, mais je n'en suis pas encore passé à la phase de réalisation. C'est que les préparatifs sont difficiles."
 
"Il faut agir" contre la tendance à la haine
 
La liberté d'expression revient cependant sous une autre forme quand Yurikoko, une étudiante de 22 ans, demande au "professionnel de l'écriture comment arrêter les discours de haine", ces diatribes racistes de groupuscules d'extrême-droite nippone à l'égard de Coréens et autres étrangers.
 
"En tant qu'écrivain, je suis souvent la cible de discours de haine. Beaucoup de gens disent des choses horribles. Mais bon, comme j'aime mon travail, tant pis. Dans une certaine mesure, je laisse faire. Cela dit, il est injuste pour quiconque de s'entendre dire du mal à cause de sa race, de son lieu de naissance ou de choses contre lesquelles on ne peut rien soi-même. Il faut agir contre cette tendance", écrit-il.
 
Haruki Murakami confirme à travers ses réponses sa volonté de s'en tenir le plus possible à des sujets proches de la littérature, de l'écriture, sans oser trop s'engager, hormis à travers les thèmes abordés dans ses oeuvres ou lors de rares prises de paroles en public.
 
L'écrivain défend ses "petits secrets"
 
Et quand un internaute lui signale qu'une librairie de Shizuoka (sud-est) se nomme "Mur et oeufs", il s'en réjouit simplement, sans revenir sur cette métaphore qu'il avait filée lors d'un discours en Israël à l'occasion du Prix Jérusalem (pour la liberté de l'individu dans la société). Il y parlait de populations fragiles (des oeufs) s'écrasant au contact de l'Etat tout-puissant  (le mur) et assurait qu'il se placerait toujours du côté des premiers.
 
Si, en réponse à une femme au foyer de 49 ans, Murakami se réjouit de fêter son anniversaire le même jour que l'écrivain américain Jack London, il dit "éprouver un certain malaise en ayant découvert récemment que le bras droit d'Hitler, Herman Goering, était aussi né un 12 janvier." Il poursuit avec ironie : "Cette date explique cependant peut-être qu'il ait eu le score le plus élevé aux examens d'intelligence effectués par les Alliés sur les nazis arrêtés".
 
Murakami a du mal à lire à cause de ses yeux
 
L'homme se livre finalement peu dans ce premier lot de dix réponses, parce qu'il a, dit-il, "des petits secrets qu'il serait ennuyeux que l'on voie par le trou de la serrure".
 
Mais l'écrivain de 66 ans avoue quand même au détour d'une réponse sur l'art et la manière d'éduquer son enfant à aimer les livres, qu'il "n'arrive plus à en lire beaucoup, à cause d'yeux affaiblis".
 
D'autres confidences viendront peut-être au fil des jours sur ce site  où les questions sont admises seulement jusqu'à fin janvier.

Le dernier long roman de Murakami, "L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage", sorti en 2013 au Japon, a été publié courant 2014 en Europe et aux États-Unis. Depuis, il a sorti dans l'archipel un recueil de nouvelles intitulé "Les hommes qui n'ont pas de femme".