Morgan Sportès, prix Interallié pour une autopsie du Gang des barbares

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 16/11/2011 à 16H25
Morgan Sportès

Morgan Sportès

© Mehdi Fedouch/AFP

Morgan Sportès, sacré par l'Interallié pour "Tout, tout de suite" (Fayard), propose dans ce roman-enquête une autopsie glaçante de l'odieux crime du Gang des barbares. Un témoignage, selon lui de l'aliénation de certains jeunes, obsédés par la jouissance immédiate. Ce livre va être adapté au cinéma par Richard Berry.

Le lauréat de 64 ans, qui ne figurait pas parmi les finalistes de ce prix clôturant la saison des grandes récompenses littéraires, a obtenu six voix au troisième tour contre trois à Stéphane Hoffmann pour "Les Autos tamponneuses"(Albin Michel) et deux à Delphine de Vigan pour "Rien ne s'oppose à la nuit"(JC Lattès).

"Tout, tout de suite", relève Morgan Sportès, "est un témoignage de l'effroyable vide que la société a laissé se creuser en son sein, du degré d'aliénation de ces jeunes, couplé à leur indigence intellectuelle".
Début 2006, le jeune Ilan, de milieu plutôt modeste, supposé riche par ses ravisseurs parce que juif, est enlevé, séquestré, torturé pendant 24 jours et assassiné par une bande d'une vingtaine de jeunes, menée par Youssouf Fofana. Le procès principal s'est déroulé d'avril à juillet 2009.  

"Ces gosse n'avaien aucune empathie"

"Pendant deux ans, j'ai reconstitué leur crime dément, sans juger, mais sans excuser, en ne pouvant me défaire parfois, en dépit de la monstruosité de leurs actes, d'une certaine ironie face à ces mômes qui n'avaient rien dans le crâne", reconnaît l'auteur. "Je me suis attaché à restituer les dialogues pathétiques des bourreaux. J'ai interrogé les inspecteurs de la Crim, la juge d'instruction, lu les scripts des coups de fil entre le père d'Ilan et les ravisseurs, correspondu avec certains membres de la bande...", explique l'écrivain. "Ces gosses n'avaient aucune empathie. Ils étaient soudés par l'obsession morbide du tout, tout de suite", relève l'auteur qui dit s'être aussi inspiré du style impersonnel de Primo Levi racontant Auschwitz.

"C'est un symptôme social que je décris"

 "Mon livre est un livre politique. Je me considère comme un anthropologue de notre société, et vingt ans après "L'Appât", c'est la même ère du vide, en pire", a déclaré Morgan Sportès à l'AFP. "C'est un symptôme social que je décris, et non un fait divers", a-t-il ajouté.
Déjà, en 1990, il avait retracé dans "L'Appât" l'itinéraire sanglant d'un trio infernal, adapté au cinéma par Bertrand Tavernier.
 Un autre film, tiré de "Tout, tout de suite", va être réalisé par Richard Berry, lui-même acteur dans "L'Appât", avec une sortie prévue en 2013.
Ravi de ce prix, le lauréat s'est félicité d'avoir "déjà la reconnaissance du public, avec 50.000 exemplaires vendus jusqu'ici".