Mathieu Lindon reçoit le Prix Médicis

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 13H39, publié le 04/11/2011 à 13H21
Mathieu Lindon sur le plateau de "La Grande Librairie" (France 5)

Mathieu Lindon sur le plateau de "La Grande Librairie" (France 5)

© BALTEL/SIPA

Le prix Médicis a été attribué vendredi à Mathieu Lindon pour "Ce qu'aimer veut dire" (P.O.L), hommage rendu à son père Jérôme Lindon, patron charismatique des éditions de Minuit disparu en 2001 et au philosophe Michel Foucault, son ami mort en 1984.

Le romancier et journaliste a recueilli 5 voix au premier tour contre 4 voix à Charles Dantzig. Le Médicis étranger a été attribué à l'unanimité à David Grossman pour "Une femme fuyant l'annonce" (Seuil) et celui de l'essai à Sylvain Tesson pour "Dans les forêts de Sibérie" (Gallimard).

"C'était très inattendu", a réagi le lauréat, très ému. "J'ai essayé de montrer ce qu'aimer veut dire", a-t-il expliqué. "Il n'y a pas à différencier l'amour qu'on a pour un père, l'amour qu'on a pour un amoureux et l'amour qu'on a pour un amant". 

Fils cadet de Jérôme Lindon, patron charismatique des éditions de Minuit, avec lequel Mathieu entretenait des relations compliquées, il est né à Caen en 1955. Alors qu'ils avaient la même passion de la littérature, les modes de vie du père et du fils étaient opposés: Jérôme dans l'austérité, Mathieu dans l'exubérance et la liberté. Ni l'amour, ni l'admiration n'avaient droit de cité au sein de la famille.

Critique littéraire à Libération depuis 1984, il est auteur notamment de "Prince et Léonardours" (1987), contant les viols subis par deux adolescents amoureux, menacé d'interdiction par le ministère de l'Intérieur lors de sa sortie, "Champion du monde" (1994), "Le Procès de Jean-Marie Le Pen" (1998). Son premier livre, "Nos plaisirs" est publié aux Editions de Minuit en 1983 mais son père lui impose un pseudonyme, Pierre-Sébastien Heudaux.

Ami de Michel Foucault

C'est à la fin des années 1970 que Mathieu Lindon rencontre Michel Foucault. Il devient son ami, mais pas son amant. Pendant six ans, jusqu'à la mort du philosophe, le jeune homme vit le plus clair de son temps chez l'auteur de l'"Histoire de la sexualité", rue de Vaugirard, dans un appartement situé au huitième étage. C'est là qu'il a pleinement revendiqué son homosexualité. Il décrit dans le livre et en détails ses trips à l'acide, les nuits de folie, les backrooms... Il y rencontre aussi Hervé Guibert, l'auteur de "La Mort propagande", disparu en 1991. Découvre, en même temps que la fête quotidienne, les premiers ravages du sida et vit, comme un orphelin en sursis, l'agonie de Foucault. Dans son livre, inversant le titre du célèbre livre d'Hervé Guibert, Mathieu Lindon donne au philosophe la plus belle preuve de gratitude en disant de lui : "L'ami qui m'a sauvé la vie".

David Grossman Médicis étranger
David Grossman a reçu le Médicis étranger pour "Une Femme fuyant l'annonce". Dans ce roman de 700 pages, l'écrivain israélien se met dans la peau d'une femme qui fuit pour être sûre qu'on ne lui annoncera pas la mort de son fils, engagé dans une opération militaire dangereuse dans une ville palestinienne. David Grossman a lui-même perdu un fils au Liban pendant la rédaction de son roman, publié au Seuil.

Sylvain Tesson, Médicis "essai"
Le prix Médicis de l'essai a été décerné à Sylvain Tesson pour son voyage immobile "Dans les forêts de Sibérie" (Gallimard). Il y raconte six mois passés dans une cabane de 9 m2 sur la rive occidentale du lac Baïkal, après un tour du monde à vélo et d'autres pérégrinations.