"Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés" par Jonathan Evison

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 28/04/2016 à 16H07, publié le 28/04/2016 à 12H31
L'écrivain américain Jonathan Evison 

L'écrivain américain Jonathan Evison 

© DR

"Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés" (Monsieur Toussaint Louverture), troisième roman de Jonathan Evison, conjugue drôlerie et tragédie dans un "road book" qui met en scène deux êtres cabossés par la vie, Trev, un adolescent handicapé et Benjamin, un anti-héros quarantenaire dépressif. Réjouissant.

L'histoire : Benjamin Benjamin n'est pas un modèle de "winner". Ex-père au foyer n'ayant jamais travaillé, il suit une formation accélérée d'aide à la personne pour trouver rapidement un job après sa séparation consécutive, on le devine, à un drame qui a touché sa famille (le récit de la tragédie est distillé tout au long du roman, et ne sera révélé dans les détails qu'à la toute fin). Poursuivi par sa femme pour signer les papiers du divorce, et aussi par une voisine un peu cinglée qui lui reproche de vouloir empoisonner son chat, il partage son temps entre déprime -bière chips et pizzas- et soirées bien arrosées avec ses copains. C'est alors qu'il est embauché pour s'occuper de Trevor, un adolescent handicapé par une maladie dégénérative, en pleine montée d'hormones et la tête pleine de fantasmes, qui vit seul avec sa mère.

Fauché, Benjamin ne s'est pas lancé dans le social par conviction et il applique à sa manière (c'est-à-dire pas très orthodoxe) les fondamentaux de l'aide à la personne qu'on lui a inculqués lors de sa formation express. Mais avec Trevor, le courant passe tout de suite. Entre blagues graveleuses sur les filles croisées dans la rue ou sur les Miss météo, et l'établissement d'une cartographie des attractions touristiques les plus incongrues du pays, les journées se déroulent au mieux. Jusqu'au jour où Trevor émet le désir de prendre la route. Après quelques pérégrinations et malgré les réticences de la mère de Trev, ils se lancent dans un périple qui doit les conduire de l'état de Washington jusqu'à l'Utah, où vit Bob, le père de Trev. Le voyage est risqué : la santé de Trev nécessite une surveillance constante, et son handicap une lourde organisation. Si tout ne se déroule pas exactement comme prévu, aucune catastrophe ne vient troubler cette magnifique aventure, rythmée par les visites des sites touristiques loufoques du pays, et agrémentée par des rencontres, entre autres avec Dot, une punkette en fugue qui donne à trev l'occasion de ressentir ses premiers émois amoureux, ou avec Peaches, une jeune femme douce et naïve affublée d'un abruti dont elle est enceinte…

Épopée des temps modernes, touchante et drôle

"Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés" est le récit d'un sauvetage, une épopée des temps modernes donnant à chacun l'occasion de se réparer. Jonathan Evison y décrit les vertus de la rencontre, où l'on peut se sauver soi-même en aidant l'autre. Sans pathos ni mélo, le romancier conjugue les tragédies humaines avec humour et légèreté. Jonathan Evison, né en 1968, dresse aussi en toile de fond une peinture acide de l'Amérique, celle des américains moyens, celle des petits boulots, des quartiers de banlieues, des motels, et aussi celle des grands espaces… Côté humanité, Evison explore les névroses, la culpabilité, les faiblesses et les ressources de chacun face à l'adversité. Ecriture en style direct, dialogues efficaces, description hilarantes du monde et de ses absurdités, le lumineux roman de Jonathan Evison se lit comme on déguste un très bon film américain.
"Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés", Jonathan Evison
Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés Jonathan Evison, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie Odile Fortier-Masek (Editions Monsieur Toussaint Louverture-352 pages-20 euros).

Extrait :
"J'étais complètement fauché quand le devoir m'a appelé au chevet des moins bien lotis que moi, alors on ne peut pas vraiment dire que je suis Mère Teresa. Et à la lumière de ce qui s'est passé avec Piper et Jodi, on ne peut pas vraiment dire non plus que je suis qualifié pour m'occuper de qui que ce soit. D'ailleurs, pour être tout à fait honnête,, à trente-neuf ans et avec un trou dans mon CV aussi long que la dernière révolution numérique, je ne suis pas qualifié pour grand-chose."