"Les enfants de l'Arbat", best-seller sur la terreur stalinienne, est réédité

Par @Culturebox
Publié le 02/06/2017 à 09H57
Anatoli Rybakov, l'auteur des "Enfants de l'Arbat", le 1er mars 1989 à Moscou

Anatoli Rybakov, l'auteur des "Enfants de l'Arbat", le 1er mars 1989 à Moscou

© AFP Archives-TASS / AFP

Devenue introuvable même en poche, la grande fresque d'Anatoli Rybakov sur la terreur stalinienne, "Les enfants de l'Arbat", un succès d'édition mondial lors de sa parution à la fin des années 1980 et livre-symbole de la "glasnost" soviétique, est enfin rééditée.

Une éditrice déterminée, Natalia Turine, fondatrice il y a deux ans des éditions Louison, une maison dédiée à la littérature russe contemporaine, est à l'origine de cette superbe réédition, attendue en librairie le 8 juin.
 
La traduction a été revue par Antonina Roubichou-Stretz, nièce de Vladimir Nabokov, qui faisait partie de l'équipe de traducteurs français de Rybakov avec Lucia et Jean Cathala. Le livre fut publié pour la première fois en français en 1988 chez Albin Michel.
 
"Relire 'Les enfants de l'Arbat', livre monumental, avec Poutine au pouvoir, ça reste archi-contemporain", estime Natalia Turine, 52 ans, éditrice notamment de l'artiste contestataire russe Piotr Pavlenski, honni par le Kremlin, mais aussi du propre fils d'Anatoli Rybakov, Alexei Makouchinski dont elle vient de publier "Un bateau pour l'Argentine".

Une spirale qui se répète

"Aujourd'hui à Moscou, les gens n'ont pas le droit de 'liker' des posts sur Facebook. C'est exactement la même censure qu'à l'époque de Rybakov", soutient Natalia Turine au cours d'un entretien avec l'AFP.
 
"L'histoire russe est une espèce de spirale qui se répète sans arrêt", ajoute cette fille d'un ancien diplomate soviétique qui a passé son adolescence en France à la fin des années 1970.
 
L'ouvrage avec sa couverture en épais carton gris, son dos brut "à la japonaise" avec, bien visibles, les fils qui relient les différents cahiers du livre entre eux, constitue un bel objet faisant immanquablement penser à un "samizdat", ces livres qui circulaient clandestinement pendant la période soviétique.
 
Trente ans après sa publication, le livre d'Anatoli Rybakov (décédé à New York en 1998) n'a rien perdu de sa fraîcheur de style et de sa vigueur.

Un vrai roman russe, qui mêle tous les genres

Premier volet d'une trilogie, "Les enfants de l'Arbat" raconte l'année 1934, celle du début de la "grande terreur" stalinienne. Le livre fut écrit par Rybakov au milieu des années 1960 mais il fallut attendre 1987 et la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev pour que le livre soit enfin publié dans ce qui était encore l'URSS.
 
Vrai roman russe avec ses multiples personnages, le livre mêle tous les genres. On lit un roman d'aventures, un roman d'amour mais aussi évidemment un livre d'histoire, un livre de philosophie, un livre de poésie.
 
Il a permis à des millions de Soviétiques de la nouvelle génération de découvrir ce qu'avaient vécu leurs aînés à l'époque de la machine à broyer stalinienne.
 
Moins d'un an après sa publication, plus de 3,5 millions d'exemplaires des "Enfants de l'Arbat" avaient été écoulés en URSS. "L'URSS est divisée en deux moitiés : ceux qui ont lu le livre et ceux qui s'apprêtent à le lire", s'amusait Rybakov qui avait lui-même été victime de la répression stalinienne et relégué en Sibérie au début des années 1930 avant d'être honoré par un prix Staline en 1951.

Staline, personnage principal des "Enfants de l'Arbat"

Dans "Les enfants de l'Arbat" on suit le destin de jeunes Moscovites vivant dans ce quartier huppé de la capitale soviétique. Des amoureux, des naïfs, des arrivistes, des victimes et des bourreaux. On croise les dirigeants soviétiques de l'époque, tout à la fois révolutionnaires et dévoyés par l'ivresse du pouvoir. Mais le personnage principal est bien Staline, terrifiant et omnipotent. Rybakov nous fait entendre la voix du tyran, nous livre ses pensées les plus secrètes. La scène de Staline avec son dentiste demeure hallucinante.
 
Le livre s'achève avec l'assassinat de Kirov, patron du PC à Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg, ndlr), point de départ des grandes purges.
 
Le second volet de la trilogie, "La peur", évoque les purges des années 1935-38, le dernier, "Cendre et poussière", est consacré à la Seconde Guerre mondiale.
 
Ces deux volumes seront disponibles en 2018 "ou plus rapidement si ce premier tome marche bien", promet l'éditrice qui déplore que la littérature russe soit si "mal aimée".