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Le Nobel de Littérature est décerné au Chinois Mo Yan

Publié le 11/10/2012 à 13H17, mis à jour le 10/12/2012 à 15H16
L'écrivain chinois Mo Yan prix Nobel de littérature 2012

L'écrivain chinois Mo Yan prix Nobel de littérature 2012

© Wang zhou bj / Imaginechina
Le prix Nobel de Littérature 2012 a été décerné jeudi à l'écrivain chinois Mo Yan pour son "réalisme hallucinatoire", a annoncé l'Académie suédoise. C'est dans la langue française que l'on compte le plus grand nombre de traductions d'ouvrages de l'écrivain chinois.
Par Culturebox (avec AFP)

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Mo Yan, né dans le Shangdong en 1955, est désormais un écrivain universellement reconnu. Une dizaine de ses romans et nouvelles sont traduits en français et publiés au Seuil dont "Beaux seins, belles fesses" (2004), "Le Maître a de plus en plus d'humour" (2005), "Le Supplice du santal" (2006), "Quarante et un coups de canon" (2008), "La Dure Loi du karma" (2009) et "Grenouilles" (2011).

Mo Yan "unit avec un réalisme hallucinatoire le conte, l'Histoire et le contemporain", relève l'Académie. "Mo Yan, en associant imagination et réalité, perspective historique et  sociale, a créé un univers qui, par sa complexité, rappelle celui d'écrivains  tels William Faulkner et Gabriel García Márquez, tout en s'ancrant dans la  littérature ancienne chinoise et la tradition populaire du conte", ajoute  l'Académie." Il est considéré, malgré son jugement critique sur la société, comme un des écrivains les plus éminents de son pays", poursuit  l'Académie.

Première réaction de Mo Yan : "heureux", il veut "s'investir encore"

L'écrivain chinois s'est dit "heureux" de son Nobel de littérature et a promis de "s'investir encore" dans ses écrits, dans sa première réaction rapportée par les médias d'Etat. "En apprenant qu'on m'avait décerné cette récompense, j'ai été très heureux", a dit le lauréat. "Je vais me concentrer sur la création de nouvelles oeuvres. Je veux m'investir encore pour remercier tout le monde", a-t-il ajouté, cité par l'agence Nouvelles de Chine.

Une enfance paysanne

De son vrai nom Guan Moye, Mo Yan est né en 1955 au sein d'une famille rurale qui a connu la faim lors du Grand bond en avant (1958-1961). Cette  campagne de collectivisation à outrance, initiée par Mao, a provoqué de 20 à 50  millions de morts. Dans sa région natale du Shandong, il vit donc une jeunesse marquée par les  privations, une scolarité perturbée et vite interrompue, en pleine Révolution  culturelle. "Enfant il était très taciturne, il parlait peu, il était très renfermé sur lui-même", rappelle Sylvie Gentil, l'une des premières traductrices de l'écrivain. Plus tard il choisira comme nom de plume "Mo  Yan", qui signifie "ne pas dire". Et c'est paradoxalement l'embrigadement qui lui permettra de s'épanouir.

"Il fait partie de ces paysans de familles illettrées qui ont été plus ou  moins sauvés par l'armée, en y étant enrôlé et en réussissant à y faire  carrière en devenant écrivain", poursuit la traductrice. Le paysan-soldat-écrivain gardera longtemps l'uniforme, ce qui ne l'empêchera pas de publier, même s'il a dû parfois se frotter à la censure. Notamment lors des premières éditions de "Beaux seins, belles fesses", l'un de ses romans les plus populaires.

Mo Yan se renouvelle à chaque roman

Lui-même gros lecteur, il apprécie les auteurs occidentaux, la littérature russe, japonaise, sud-américaine, explique Noël Dutrait, qui a traduit en français "Le pays de l'alcool", une autre oeuvre phare du répertoire picaresque de l'auteur. "Mo Yan a une particularité: il s'efforce toujours de changer son style à chaque roman", souligne Noël Dutrait. Une richesse que l'on retrouve dans la variété des thèmes qu'il choisit, du conflit sino-japonais aux tortures chinoises, en passant par l'abattage des porcs ou la corruption des cadres communistes. "Un écrivain se doit d'exprimer des critiques et son indignation face au côté sombre de la société et à la laideur de la nature humaine", a un jour affirmé Mo Yan.

"Il dit toujours ce qu'il pense"

Pourtant, devenu vice-président de l'Association des écrivains chinois, une organisation officielle, il a parfois été accusé d'avoir manqué de solidarité avec la dissidence, dans le seul. "Il y a des gens qui lui reprochent de ne pas se démarquer du pouvoir",  confirme Noël Dutrait, "mais en tout cas il écrit et il dit ce qu'il pense". Dans un récent ouvrage intitulé "Grenouilles", Mo Yan évoque de sa plume acerbe la politique de contrôle des naissances en Chine, un sujet sensible qui a toutefois cessé depuis quelques années d'être tabou. Selon Eric Abrahamsen, un expert américain en littérature chinoise, Mo Yan est un "grand auteur (...) qui rédige le Grand roman de la Chine", tout en  étant "très malin quant à ce qui peut ou ne peut pas être écrit". "Le Veau suivi de Le Coureur de fond" est son dernier livre publié en France par les éditions du Seuil.

Régulièrement invité à l'étranger, même s'il ne parle que le chinois, Mo Yan, avare d'interviews, reste très attaché à son berceau natal de Gaomi, dans le Shandong. C'est là qu'il a un jour reçu l'un de ses plus fidèles admirateurs, l'écrivain nippon Kenzaburo Oe, prix Nobel de littérature 1994.

En 2000 un prix Nobel de littérature avait récompensé Gao Xingjian, un écrivain d'origine chinoise naturalisé français en 1997. Mo Yan succède au poète suédois Tomas Tranströmer, et recevra 8.000.000.000 de couronnes suédoises, soit exactement 924.298,33 euros, soit mois que ses prédécesseurs puisque la dotation du Nobel a été réduite de 20% cette année.

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