Cette année le festival "Étonnants voyageurs" porte son regard sur ses "Frères migrants"

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/06/2017 à 14H53, publié le 29/05/2017 à 18H02
Affiche du Festival Étonnants Voyageurs 2017

Affiche du Festival Étonnants Voyageurs 2017

Festival foisonnant branché sur le monde, Étonnants Voyageurs explore cette année les démocraties en crise, que la littérature pourrait sauver en rendant à l'homme sa "part de grandeur".

Crise de la représentation, Brexit, élection de Donald Trump, montée des extrêmes... Pour sa 28e édition, ce festival unique en son genre réunit ce week-end à Saint-Malo 250 écrivains, cinéastes et artistes venus de 37 pays pour débattre de l'état du monde.

"Nous sommes partis du sentiment qu'on entrait dans une zone de tempête extrêmement grave et que la démocratie était partout en péril sous différentes formes", explique à l'AFP Michel Le Bris, le directeur du festival. Selon lui, cette crise "vient de l'oubli que l'être humain ne se réduit pas au 'consommer' et au 'produire', et possède une part de grandeur".

"Nous sommes plus grands que nous grâce à l'œuvre d'art, mais pas seulement. Quand les Français ont manifesté après l'attentat contre Charlie, chacun se sentait aussi plus grand que lui-même", raconte-t-il.

Une littérature qui "se frotte au monde et essaie d'en capter la parole vive"

Né en 1990 de la nécessité en France, selon les mots de Michel Le Bris, d'en finir avec une littérature hégémonique "d'avant-garde, absorbée dans la contemplation de son nombril dans un monde en pleine éruption", Étonnants Voyageurs célèbre chaque année une littérature qui "se frotte au monde et essaie d'en capter la parole vive".

Le festival devait ouvrir samedi avec un grand débat sur l'état de crise de la démocratie, en présence du sociologue Edgar Morin, du journaliste algérien Kamel Daoud, de l'écrivain américain James McBride -auteur d'un récit sur James Brown-, ou encore de Hakan Günday, figure montante de la littérature turque.

Qu'arrive-t-il à l'Amérique ?

Sur le thème "Qu'arrive-t-il à l'Amérique?", il donne la parole à l'écrivain américain Russell Banks et au célèbre journaliste Ron Suskind, qui prépare une enquête sur Donald Trump. Mêlant livres et films, débats et expositions, Étonnants Voyageurs compte parmi les grands rendez-vous des littératures francophones, ayant imposé au fil des années sa vision d'une francophonie ouverte sur le monde, à l'opposé d'une France qui dispenserait ses lumières sur ses anciennes colonies.

Cette année, il se plongera entre autres dans l'univers des littératures québécoise et caribéenne. En écho à l'actualité, il s'interrogera également sur la possibilité d'un retour à la douloureuse période des années 1930, avec les historiens Mona Ozouf et Patrick Boucheron, ainsi que sur les thèmes de l'identité et du récit national, dont se sont emparés plusieurs hommes politiques pendant la campagne présidentielle.

"Frères migrants"

Autre axe important de cette 28e édition : les migrants, qui périssent dans ce cimetière géant qu'est devenue la Méditerranée dans "une indifférence quasi totale", comme le dénonce l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau dans son vibrant appel "Frères migrants".
Le film "Les enfants de la jungle", tourné à Calais, questionnera le public sur "ce qu'est un être humain". La Méditerranée qui "nous submerge" du sociologue Jean Viard, la Méditerranée des ruines du photographe Josef Koudelka, ou encore celle des terrasses d'Alger du cinéaste Merzak Allouache seront également au centre des discussions.

L'école du regard

Fidèle à sa tradition "d'école du regard", Étonnants Voyageurs rendra hommage à l'écrivain anglais John Berger, décédé en janvier, qui a beaucoup écrit sur le regard. Fort de son succès international, il fera s'immerger son public dans des littératures peu connues, comme la littérature taïwanaise, qualifiée pour l'occasion de "tohu-bohu littéraire". Plusieurs auteures iraniennes, ainsi que des écrivains irakiens viendront aussi témoigner.

Un formidable bouillon de culture qui n'empêche pas Michel Le Bris de s'inquiéter pour la pérennité du festival, compte tenu notamment des fortes baisses de subventions. "J'ai monté un festival unique à une époque où la littérature française ne pesait rien à l'échelle internationale. L'enjeu aujourd'hui serait d'être présents massivement dans tous les festivals qui nous ouvrent la porte mais nous n'en avons pas les moyens", regrette-t-il.