"Le cas Sneijder", un Jean-Paul Dubois noir et moqueur du meilleur cru

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 13H39, publié le 01/10/2011 à 18H23
L'écrivain Jean-Paul Dubois

L'écrivain Jean-Paul Dubois

© Lee Dongsub

"Les marges de nos vies sont trop étroites pour contenir la somme de nos rêves". Ironique, mélancolique, dévastateur, "Le cas Sneijder" prouve que Jean-Paul Dubois est du tonneau dont on fait les meilleurs vins. Il se bonifie avec l’âge et sort ici, à nos yeux, son meilleur roman.

L’histoire ? Paul Sneijder vit avec une femme responsable d’un labo de commande vocale. Une créature "à haut potentiel", qui appartient "à ce qu’elle croit être une aristocratie post-moderne", alors qu’il "végète dans les limbes de la roture sociale à médiocre capacité".

Cette seconde épouse ne l’a jamais autorisé à amener à domicile sa fille d’un premier lit, Marie, qu’il adore ("la lâcheté me fit renoncer" au combat, écrit le narrateur. "Depuis ce temps, je sais ce que je vaux"). Paul prend un jour, en compagnie de Marie, un ascenseur qui va être fatal à la jeune fille. Et réchappe lui-même de peu à l'accident.

Sa vie bascule. A la grande honte de sa femme et de ses fils, il se fait gardien de chiens et se passionne pour les revues d’ascenseur, dont il tire des statistiques sans fin (savez-vous qu’une femme se contente de 0,13 m2 dans un ascenseur si elle est entourée de femmes et exige 0,18 m2 si elle est entouré d’hommes ?).

De ce livre, j’aurais pu tirer une critique interactive préfigurant, hélas, le livre électronique qu'il deviendra un jour. Vous passer le reportage sur la pluie d'oiseaux morts en Arkansas, qui signifia au narrateur que sa vie allait tourner au désastre. Vous évoquer ce journaliste de Business Week qui passa dans un ascenseur un week-end de cauchemar. Ou vous parler savamment, du mathématicien Pierre de Fermat et des "nombres philharmoniques".

Rien de tout cela ne rendrait la magie et la fluidité de ce grand roman pointant sublimement, comme dans le film Brazil, ce grain de sable qui vient sans cesse enrayer l’avenir radieux de la modernité : l’humain.

"Le cas Sneijder" illustre le combat perdu contre toutes les modernités  qui broient l'homme contemporain. Mais il rappelle aussi que si "les marges de nos vies sont trop étroites pour contenir la somme de nos rêves et le miroir de nos intuitions», seules ces marges comptent. Noir et moqueur, ce livre qui a le sens de l'image et de l'absurde, se sauve et nous sauve par une immense poésie.

-> "Le cas Sneijder" Jean-Paul Dubois (éditions de l'Olivier, 18 euros)