"La tresse", trois destins de femmes puissantes à travers le monde

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Publié le 22/06/2017 à 16H04
Laetitia Colombani

Laetitia Colombani

© paga

"La tresse" (Grasset) premier roman de la réalisatrice et scénariste Laetitia Colombani, est le récit de la vie de trois femmes, dans trois continents différents, qui ont décidé de se battre contre le destin qui leur est imposé. Trois récits entrelacés, comme les trois brins d'une tresse.

L'histoire : Smita vit dans un petit village en Inde avec son mari Nagarajan et sa fille Lalita. Smita est une intouchable, une "Dalit". "Hors caste, hors système, hors tout". Smita fait le métier que les femmes de sa famille font depuis des générations : ramasser les excréments des autres. Quand on fait sa connaissance, c'est un grand jour : le premier jour d'école pour Lalita, que sa mère a réussi à inscrire en donnant toutes ses économies au brahmane. Smita l'a décidé : sa fille saura lire et écrire et ne fera pas le même métier qu'elle.

Giulia a 20 ans. Elle vit à Palerme en Sicile. Son père est le patron d'un atelier de "Cascatura", cette coutume sicilienne ancestrale qui consiste à récupérer les cheveux pour en faire des postiches et des perruques. Depuis qu'elle a 16 ans la jeune fille a rejoint son père à l'atelier. Giulia est une grande lectrice et fréquente beaucoup la bibliothèque. Tout va bien jusqu'au jour où le Papa a un accident qui le plonge dans le coma. Plus tard, Giulia rencontre Kamaljit Singh, un indien Sikh aux cheveux très longs enfermés dans son turban et elle découvre aussi des secrets inquiétants au fond d'un tiroir dans le bureau de son père …

Sarah est une quarantenaire canadienne, avocate, divorcée, mère de trois enfants de deux pères différents. Dans la vie, Sarah est organisée, déterminée. Elle est du genre à tout tenir sous contrôle. Quand on la rencontre, elle est sur le point de devenir associée dans son cabinet d'avocat. Un malaise, suivi d'une série d'examens médicaux vont infléchir le cours de sa vie.

Evidemment les trois récits finiront par s'entrelacer, comme les trois brins d'une tresse...

Un conte séduisant

Sarah, Smita et Giulia ont en commun de ne pas accepter le destin qui leur est imposé par la société, ou par leurs familles. Riches, pauvres, qu'elles naissent en Inde, en Italie ou au Canada, c'est le postulat de base : nulle part et pour personne la vie n'est facile pour les femmes. On peut lire "La tresse" comme un conte, avec pour morale cette idée que la volonté déplace des montagnes. C'est plutôt séduisant, comme idée. D'autant que le roman de Laetitia Colombani est parfaitement bien construit. Alternance de chapitres courts, souvent terminés sur une phrase teaser, qui plonge illico le lecteur dans l'addiction.

L'écriture, sobre, efficace, visuelle, nous transporte avec souplesse alternativement en Inde, au Canada, en Sicile, et nous fait voyager de l'une à l'autre de ses héroïnes, avec chacune ses révoltes, ses inquiétudes, ses bravoures. Bref, de la belle ouvrage, qui n'a pas manqué de sauter aux yeux des éditeurs étrangers : le premier roman de Laetitia Colombani est en traduction dans 26 pays. Les lecteurs ne s'y sont pas trompés non plus : 75 000 exemplaires vendus depuis sa publication début mai. 
Couverture "La tresse", Laetitia Colombani
"La tresse", de Laetitia Colombani
(Grasset - 222 pages - 18 €)

Extrait : 


Smita s'éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd'hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. aujoud'hui sa fille va entrer à l'école.

"La tresse" page 15