La mort de Dario Fo, prix Nobel de littérature en 1997

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/10/2016 à 10H01
Dario Fo à Rome le 3 juin 2016

Dario Fo à Rome le 3 juin 2016

© Armando Dadi / AGF / Sipa

Disparu mercredi à l'âge de 90 ans, Dario Fo, écrivain et dramaturge italien, prix Nobel de littérature en 1997, était l'un des auteurs italiens les plus novateurs et un homme de théâtre anticonformiste que l'obtention des plus prestigieuses distinctions n'avait pas assagi.

Anticonformiste, à l'écoute de son époque, Dario Fo, né le 24 mars 1926 à Sangiano, près de Varèse, en Lombardie, était l'un des dramaturges italiens les plus joués dans le monde avec Carlo Goldoni (1707-1793).

Il avait gagné une notoriété internationale en 1969 avec "Le mystère Bouffe" ("Mistero buffo"), une épopée des opprimés inspirée de la culture médiévale dont le héros, un jongleur, enseigne la révolte par le rire.

Dario Fo parle du "Mistero Buffo" à la télévision française, le 22 janvier 1974, sa pièce étant présentée à Paris, au théâtre de Chaillot - Ina

En rebellion contre les puissants, les hypocrites, la morale cléricale

En France, outre "Le Mystère Bouffe", Dario Fo était connu pour les pièces "Faut pas payer" ou "Histoire du tigre et autres histoires". Également auteur de "Mort accidentelle d'un anarchiste", "La marijuana de maman est la meilleure", "Couple libre" ou "Faut pas payer !", Dario Fo, bateleur à la langue inventive, appelait à la rébellion contre les puissants et les hypocrites.

Également anticlérical, il est parti en guerre contre la morale imposée par le Vatican en Italie dans "Le pape et la sorcière".

Un extrait de la pièce "Mort accidentelle d'un anarchiste" diffusé à la télévision française le 28 avril 1983 (présentation : Bernard Langlois)

Une pièce anti-berlusconi censurée

En 2003, sa farce "L'Anormal bicéphale" contre Silvio Berlusconi, alors chef du gouvernement, s'est jouée à guichets fermés mais a été censurée à la télévision à la suite d'une plainte de l'entourage du leader politique. Engagé politiquement à l'extrême-gauche, candidat à la mairie de Milan en 2001, Dario Fo a eu d'innombrables démêlés avec la justice de son pays et avec l'extrême-droite et a dû attendre 1977 pour que ses pièces passent à la télévision.

Connu pour ses fous rires, son physique enveloppé, ses dents de lapin et son mode de vie simple, Dario Fo était devenu en 1997 le sixième Nobel de littérature italien, rejoignant un autre grand auteur de théâtre, Luigi Pirandello (1934). Le jury de Stockholm l'avait distingué pour avoir "dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés".

Ce choix hors des sentiers battus avait alors suscité une polémique mais pour l'écrivain italien Stefano Benni, il était "juste, parce que la littérature ce n'est pas seulement écrire des livres mais aussi communiquer par la parole".

Un prince de l'absurde

Les pièces de Dario Fo se distinguent par un langage absurde où se mêlent dialectes locaux, expressions latines et citations littéraires, et marie allègrement le rire et la gravité.

Né dans un milieu ouvrier antifasciste, Dario Fo a grandi au contact du théâtre de rue et de la tradition orale, avant de se lancer dans le théâtre dès le début des années 1950 après des études d'architecture. Il a d'abord écrit des monologues et des sketches empreints de critique sociale, puis des pièces laissant une large place à l'improvisation.

Inspirée par la tradition de la commedia dell'arte, mais aussi par les expériences plus récentes de Vladimir Maïakovski et Bertold Brecht, son œuvre s'est attaquée à tous les sujets politiques et sociaux de l'époque : la guerre du Vietnam, l'assassinat du président américain John Kennedy, la question palestinienne, le sida, l'amour libre, l'avortement, la mafia, la corruption...

Il formait un couple mythique avec Franca Rame, enfant de la balle épousée en 1954 et décédée en 2013 à l'âge de 83 ans, qui fut de toutes ses aventures théâtrales prolongées aujourd'hui par leur fils, Jacopo Fo. Avec elle, Dario Fo a lancé plusieurs compagnies dont le groupe la Commune dans les années 1970 qui a porté le théâtre dans les entreprises et les quartiers populaires.

Un dramaturge et metteur en scène très demandé

Après "Le mystère Bouffe" (1969), pièce avec un seul personnage revisitant les textes anciens en "grammelot", langue dérivée de la commedia dell'arte, qui a connu un énorme succès, Dario Fo a été invité dans de nombreux pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Il y a présenté ses spectacles et mis en scène pièces de théâtre et opéras : "Le Barbier de Séville" de Rossini (Amsterdam, 1986), "Le Médecin volant" et "Le Médecin malgré lui" de Molière à la Comédie Française (Paris, 1990)... Dario Fo a inspiré le courant du "théâtre de narration" représenté en Italie par Ascanio Celestini ("Scemo di guerra") ou Davide Enia ("Rembo").

Réactions

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a salué l'œuvre de Dario Fo, cité par l'agence Agi : "Avec Dario Fo, l'Italie perd un des grands protagonistes du théâtre, de la culture, de la vie civile de notre pays (...) Son œuvre satirique, sa recherche, son travail scénique, son activité artistiques aux multiples facettes sont l'héritage d'un grand Italien du monde."

Le compte Twitter du prix Nobel a rendu hommage à Dario Fo :