"La Fresque" d'Eliane Serdan : exil et renaissance en Toscane

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Publié le 10/04/2013 à 15H43
Eliane Serdan, "La Fresque" (Serge Safran Editeur)

Eliane Serdan, "La Fresque" (Serge Safran Editeur)

© Raphaël Gaillarde

Troisième roman d'Eliane Serdan, "La Fresque" plonge le lecteur dans la vie quotidienne d'un homme contraint à l'exil dans la Toscane du XVe siècle. Un livre court, où les mots sonnent pour décrire le cheminement intérieur d'un homme déraciné.

L'histoire : Fin du XVe siècle, Pandolfo Petrucci a pris le pouvoir dans la ville de Sienne. L'opposition de quelques grandes familles et la découverte d'un complot en 1496 oblige l'un d'entre eux à fuir la ville. Commence alors un long exil en Toscane, où Gian Di Bruno  - c'est le nom qu'il s'est choisi pour se cacher - a trouvé refuge, dans la demeure d'un ami. Dans la grande maison, une servante, Lauretta, puis un chien, et une fresque où la figure obsédante d'un homme au regard tendu vers un point invisible le fascine. Gian Di Bruno vit son exil comme "la fin d'une harmonie", où même les nuages lui "sont étrangers". Jusqu'au jour où il rencontre Lelia Chiarimonti, qui lui fait momentanément oublier les blessures de l'exil, lui donnant l'illusion qu'il a retrouvé une patrie. Mais la jalousie le replonge définitivement dans sa solitude, et c'est finalement dans l'écriture qu'il trouve un nouveau sens à sa vie.

Eliane Serdan décrit avec élégance les tourments de son personnage : l'exil, la manière dont il perd ses repères, comment il s'en cherche de nouveaux, sans y parvenir, dans un monde qui lui est étranger. L'auteur montre l'attachement des hommes à une terre, à ses paysages, à ses lumières, à ses odeurs. Gian Di Bruno a grandi et vécu toute sa vie dans la ville de Sienne. Le silence de la campagne toscane, cernée par les montagnes et les forêts, l'oppresse. Il s'y perd, jusqu'à devoir lutter contre l'idée de la mort. 

Loin des passions

Son amour déçu, la coupure définitive des liens avec son passé, avec son histoire, et la rencontre avec Giovanni, un moine du voisinage, lui font accepter l'irrémédiable déracinement. Il ne redoute plus la solitude et se consacre à l'écriture, qui ne le console pas de la vie, mais lui en "donne une autre", une dernière saison, où les paysages de son expatriation sont devenus familiers.

Inscrit dans un contexte historique, "La Fresque" est le récit d'une destinée, celle d'un homme confronté à l'exil, contraint de trouver un nouveau sens à sa vie : en renonçant aux biens matériels, à l'illusion de l'amour, et même à une partie de lui-même, il accède à la sérénité et à l'harmonie, enfin détaché des contingences de ce monde.

Un roman court et dense, écrit dans une langue dépouillée et sensuelle, qui transmet la violence de l'arrachement, la vanité des passions et décrit aussi merveilleusement la puissance de la nature, écrasante et salvatrice.


La fresque, Eliane Serdan
Serge Safran Editeur - 158 pages - 12,50 Euros


EXTRAIT
"Pouvoir reconnaître avec certitude celle qui ne laisse aucune place au doute, ce serait comme arriver, un soir, dans un pays retrouvé, dans une maison d'enfance, après avoir longtemps cherché, et lire enfin, sur un visage familier, que l'errance est finie. Mais je sais maintenant que ce pays n'existe pas."

Éliane Serdan est née en 1946 à Beyrouth, dans une famille installée depuis des siècles en Orient. De retour en France, elle passe son enfance à Draguignan, avant de faire des études de lettres à Aix-en-Provence et une maîtrise de cinéma à Montpellier. Après "Noces de cendres" et Le Rivage intérieur, son troisième roman, "La Fresque", témoigne d’une fascination pour l’Italie qu’elle met au service d’une association franco-italienne, Colori d’Italia. Aujourd’hui, Éliane Serdan vit à Castres, dans le Tarn, où elle se consacre à l’écriture. (Source Serge Safran Editeur)