La famille d'"Eddy Bellegueule" blessée par le livre d'Edouard Louis

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 20/03/2014 à 12H10, publié le 05/02/2014 à 13H47
La famille d'Edouard Louis, l'auteur d'"En finir avec Eddy Bellegueule" dans leur maison à Hallencourt (Picardie)

La famille d'Edouard Louis, l'auteur d'"En finir avec Eddy Bellegueule" dans leur maison à Hallencourt (Picardie)

© PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD

"En finir avec Eddy Bellegueule" est "le" roman salué par la critique de la rentrée littéraire de janvier. L'auteur, Edouard Louis, ne se cache pas d'avoir raconté sa propre histoire, celle d'un enfant grandi dans la violence, dans un village de Picardie plombé par la misère. Le Courrier picard a rencontré la famille, qui se dit "inconsolable" après la lecture du roman.

Reportage :
"Cet enfant c'est moi", déclare Edouard Louis dans les nombreuses interviews qu'il donne depuis la sortie et le succès de "En finir avec Eddy Bellegueule", son premier roman. "À Hallencourt, la famille d’Eddy/Édouard, a cru s’étrangler à la lecture du récit. J’aime mes enfants d’un amour profond, et Eddy, c’est mon fils, ma fierté, c’était même mon chouchou", confie Monique, la main sur le cœur. Je ne comprends pas.", relate Le Courrier picard, qui est allé à la rencontre de la vraie famille d'Edouard Louis. "Nous ne sommes ni racistes ni homophobes, insiste Mélanie.
La famille Bellegueule dans Le Courrier Picard

La famille Bellegueule dans Le Courrier Picard

© Copie d'écran Courrier Picard
La mère d'Edouard Louis explique combien ils étaient tous fiers de la réussite scolaire d'Eddy, et même de l'idée qu'il ait écrit un livre. C'était avant de l'avoir lu. Monique dit "être tombée de l'armoire" en lisant le roman de son fils en rentrant de Paris début janvier, où elle rend visite chaque mois à son fils étudiant dans la prestigieuse ENS (Normale Sup).

Le journal a également  rencontré des amis du romancier, "Ce qui me dérange, c’est qu’il associe sa classe sociale à l’alcoolisme, le chômage et le racisme, alors que ce n’est pas le cas de tout le monde, bien évidemment. C’est aussi dans cette classe que l’on voit s’exprimer de vraies solidarités, par exemple", explique cet ancien ami, qui ajoute "Mais voilà, ce genre de discours, c’est pour faire peur aux bourgeois de Paris… et pour vendre."

Un roman politique

Présenté sans ambiguïté comme une autofiction, voilà le roman d'Edouard Louis rattrapé par le réel. Edouard Louis revendique "la restitution" d'une réalité. La violence qu'il décrit ne peut que choquer ceux qu'elle vise. Edouard Louis assume, son roman est livré quasi comme un acte politique. "Si on parle de ces gens-là, on est toujours taxé de racisme de classe, de "prolophobie", alors qu'il me semble absolument essentiel de montrer ces réalité-là, si on veut les changer.", affirme-t-il dans une interview vidéo accordée à la librairie Mollat. Quitte à fâcher sa propre famille. 
Edouard Louis interviewé par la librairie Mollat
Les risques de l'auto-fiction

Edouard Louis savait en écrivant son roman, et en ne dissimulant pas qu'il s'agissait d'un récit autobiographique, qu'au mieux, il ne serait pas compris. "Moi, il m’a envoyé un SMS. Il m’a écrit que ce livre était une déclaration d’amour pour maman, mais que personne ne comprendrait", confie sa sœur Candice au Courrier picard.  

"En finir avec Eddy Bellegueule" est une oeuvre littéraire. Les membres de la famille d'Edouard Louis ne sont pas les premiers à réfuter un récit dont ils font l'objet dans un roman, la riposte prenant même souvent la forme d'une attaque en justice, pour diffamation.

Faut-il pour autant confronter le réel au récit romanesque? Le romancier peut-il tout dire dans ses romans? Autant de questions d'autant plus délicates quand le roman est clairement assumé comme autobiographique.