L'Israélien David Grossman reçoit le prestigieux Man Booker International Prize

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/06/2017 à 16H21, publié le 15/06/2017 à 12H15
David Grossman tient un exemplaire de son roman "Un cheval entre dans un bar", lauréat du Man Booker International Prize, le 13 juin 2017 à Londres

David Grossman tient un exemplaire de son roman "Un cheval entre dans un bar", lauréat du Man Booker International Prize, le 13 juin 2017 à Londres

© Ray Tang / Anadolou Agency / AFP

L'auteur israélien David Grossman a remporté le 14 juin à Londres le Man Booker International Prize, prestigieux prix britannique, pour "Un cheval entre dans un bar", un douloureux portrait de la société israélienne.

Le Man Booker International Prize, qui récompense un ouvrage étranger traduit en anglais et publié au Royaume-Uni, est l'un des prix littéraires les plus prestigieux au monde. C'est la première fois qu'un auteur israélien le remporte.

Le roman a été traduit en anglais sous le titre "A Horse Walks Into a Bar" par la Britannique Jessica Cohen dont "l'extraordinaire" traduction a été "saluée par le jury", a précisé le président du jury Nick Barley.

Le jury salue "des risques émotionnels et stylistiques"

"David Grossman a tenté un ambitieux acte de haute voltige avec ce roman et il a réussi de façon spectaculaire", a ajouté Nick Barley. "Nous avons été époustouflés par la volonté de M. Grossman de prendre des risques aussi bien émotionnels que stylistiques : chaque phrase compte, chaque mot est important dans cet exemple suprême du métier d'écrivain."

"Un cheval entre dans un bar", le début d'une blague dont le lecteur ne connaîtra jamais la chute, est le premier roman de l'écrivain israélien depuis le décès de son fils, Uri, mort en 2006 au Liban pendant son service militaire.

Après cette tragédie, survenue alors que David Grossman achevait l'écriture d'"Une femme fuyant l'annonce", lauréat en France du prix Médicis étranger en 2011, l'écrivain n'avait publié qu'un seul récit sous forme de poème, "Tombé hors du temps".

Une partie de l'argent du prix de la traductrice reversée à une ONG anti-occupation

David Grossman et sa traductrice, Jessica Cohen, se sont partagé les 50 000 livres (57 000 euros) du prix Man Booker. La traductrice a décidé de reverser sa part, soit près de 28 000 euros à l'association B'Tselem qui documente les violations des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés par Israël depuis 50 ans.
 

B'Tselem est l'une des bêtes noires du gouvernement israélien, considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu mène une campagne vigoureuse contre des ONG comme B'Tselem, respectées par une bonne partie de la communauté internationale mais décriées par la droite israélienne comme trahissant leur pays.

Jessica Cohen a salué l'action menée par B'Tselem depuis 30 ans. "Il n'est pas facile de dire des vérités inconfortables et peu flatteuses, et il n'est certainement pas facile de les entendre, mais c'est essentiel, non seulement dans la littérature mais dans la vie", a-t-elle dit.

David Grossman, premier Israélien à remporter le prestigieux prix, est membre d'un conseil de personnalités de B'Tselem. Mais il dit ne représenter personne quand il écrit. "Quand j'écris une histoire, je ne me pose pas en ambassadeur, ni même en consul honoraire. Je ne fais que raconter une histoire (...) il se trouve que cette histoire se passe ici en Israël", avec toutes les réalités israéliennes, a-t-il dit à la radio militaire.

Un Français figurait parmi les finalistes

Le roman a été préféré à cinq autres œuvres : "Boussole" du Français Mathias Enard, "Mirror, Shoulder, Signal" de la Danoise Dorthe Nors (non traduit en français), "Judas" de l'Israélien Amos Oz, "Fever Dream" de l'Argentine Samanta Schweblin (non traduit en français) et "Les Invisibles" du Norvégien Roy Jacobsen.

Depuis l'année dernière, le prix est décerné conjointement à l'auteur et au traducteur. Jessica Cohen et David Grossman vont donc se partager un chèque de 50.000 livres (56.800 euros), cette distinction assurant surtout une notoriété mondiale et des ventes record.

Né le 25 janvier 1954 à Jérusalem, David Grossman a abordé dans ses œuvres aussi bien les souffrances des Israéliens que celle des Palestiniens, alors que les deux peuples vivent piégés dans un conflit qui dure depuis des dizaines d'années. Ses livres ont été traduits en 30 langues.

La Man Booker International Prize avait été attribué l'année dernière à l'auteure sud-coréenne Han Kang pour son roman "The Vegetarian", vendu à 160.000 exemplaires rien qu'au Royaume-Uni.