L'écrivain sud-africaine Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature, est morte

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/07/2014 à 17H43, publié le 14/07/2014 à 15H48
L'écrivain Nadine Gordimer en janvier 1980.

L'écrivain Nadine Gordimer en janvier 1980.

© Pierre Haski / AFP

Militante anti-apartheid, l'écrivain sud-africain Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature 1991, est morte dimanche à l'âge de 90 ans, a fait savoir sa famille lundi.

Mme Gordimer est morte paisiblement durant son sommeil, dans sa maison de Johannesburg, précisent ses proches dans un communiqué rendu public par le cabinet d'avocat familial.

Engagée contre le système d'apartheid, longtemps proche de l'ANC de Nelson Mandela, Nadine Gordimer témoignait dans ses romans de la société inégalitaire sud-africaine.

Auteur de 15 romans, dont "Feu le monde bourgeois" (1966), "Un caprice de la nature" (1987) et "Histoire de mon fils" (1990), de plus d'une centaine de nouvelles et de plusieurs essais; elle a ausculté les maux de sa société d'une plume sobre et sans concession.

Une grande dame au-delà de la littérature

En lui remettant en 1991 le prix Nobel de littérature juste après la libération de Nelson Mandela, l'Académie suédoise avait salué sa "magnifique écriture épique". "Elle (dépeignait) des relations personnelles et sociales extrêmement complexes dans son environnement, confrontant les lecteurs au visage du racisme", avait commenté l'Académie.

 Mais "ses plus grandes fiertés", rappellent ses enfants dans leur communiqué, "n'était pas seulement d'avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1991, mais aussi d'avoir témoigné (à un procès) en 1986, contribuant à sauver la vie de 22 membres de l'ANC, tous accusés de trahison".

Un oeil critique jusqu'au bout

Née le 20 novembre 1923, l'écrivain était la fille d'immigrants juifs venus d'Europe de l'Est. Sud-Africaine, elle avait toujours refusé de quitter son pays, même aux heures les plus sombres de l'apartheid, le régime de ségrégation raciale en place entre 1948 et 1994.

Depuis l'avènement de la démocratie en 1994,  elle n'hésitait pas malgré son grand âge à pointer les défauts du nouveau pouvoir des successeurs de Nelson Mandela.

"Le slogan de l'ANC, "une vie meilleure pour tous", n'est pas allé sous  terre!", avait-elle déclaré à l'AFP en 2012, quelques semaines après que la police eut abattu 34 grévistes à la mine de Marikana (nord). Elle s'était récemment opposée à une loi restreignant la diffusion d'informations classifiées, jugée liberticide par la presse sud-africaine.

Nelson Mandela appréciait ses romans
La Fondation Nelson Mandela a immédiatement rendu hommage à "la grande dame de la littérature sud-africaine et amie de Nelson Mandela", lui-même décédé en décembre dernier à 95 ans.
   
"J'ai lu tous les romans non interdits de Nadine Gordimer et ai appris beaucoup sur la sensibilité des Blancs libéraux" (opposés à l'apartheid), a écrit le héros national dans son autobiographie, relatant ses vingt-sept ans passés en prison.

Nadine Gordimer a été décorée le 31 mars 2007 de la Légion d'honneur française, lors d'une cérémonie à l'ambassade de France à Pretoria. Elle est aussi Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres.