L'écrivain Michel Tournier, auteur du "Roi des Aulnes", est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/01/2016 à 17H19, publié le 18/01/2016 à 22H07
Michel Tournier chez lui à Choisel en mai 2004

Michel Tournier chez lui à Choisel en mai 2004

© Selders / Sipa

L'écrivain Michel Tournier, l'un des grands auteurs français de la seconde moitié du XXe siècle, Prix Goncourt pour "Le roi des Aulnes" en 1970, est mort lundi à l'âge de 91 ans, chez lui à Choisel, ont indiqué à l'AFP ses proches et la mairie de cette commune des Yvelines.

"Il est décédé à 19 heures ce soir", entouré de ses proches, a précisé son filleul, Laurent Feliculis, que l'écrivain considérait comme son fils adoptif. Son décès a également été confirmé par le premier adjoint au maire de Choisel, Frédéric Julhes.

Reportage : S. Aramon, A-C. Roth, M. Savineau, J-A. Balcells et C. Labasque / France 3 Ile-de-France 

"On vivait 24 heures sur 24 avec lui, il ne pouvait plus rester tout seul depuis trois mois. Dès qu'il marchait, il avait tendance à tomber, on s'occupait de lui", a déclaré Laurent Feliculis.

L'écrivain habitait depuis plus d'un demi-siècle dans l'ancien presbytère du village de Choisel, commune de quelque 550 habitants. "Dans les derniers temps, il ne voulait plus se battre, c'était la vieillesse", a dit Laurent Feliculis.

Un voisin, l'avocat Jean Reinhart, a précisé qu'il était passé le voir la veille de sa mort. "Il était malheureusement très mal en point et on s'attendait à une issue rapide, il ne sortait plus de chez lui", a-t-il dit. "C'était un personnage de Choisel, tout le monde le connaissait."

Hommages

"Dès demain, je ne pourrai plus répondre Michel Tournier à la question: quel est le plus grand romancier français vivant ?", a réagi Bernard Pivot sur son compte Twitter.


Dans un communiqué de l'Elysée le président François Hollande a salué "son immense talent".

Entre réalisme et magie, ses œuvres ont marqué toute une génération de Français et d'Européens, amoureux comme lui des lettres, de l'histoire, de l'aventure, de la nature et de notre continent. Il cherchait toujours à réconcilier les idées et le réel.

a indiqué la Présidence avant de présenter ses sincères condoléances à sa famille et ses proches.

Manuel Valls de son côté salué sur son compte Twitter "l'immense auteur" et "le conteur hors pair"

  "Tournier m'a toujours donné l'impression d'être un immense enfant, raconte Didier Decoin à RTL. Il s'émerveillait de tout. Il adorait l'inattendu, le baroque. À l'Académie Goncourt, il nous surprenait en sortant tout d'un coup des énormités. C'était quelqu'un qui aimait faire surgir des choses qu'on n'attendait pas. C'était un roi de la surprise."   

Vocation tardive

Michel Tournier est né en 1924 à Paris dans une famille marquée par le catholicisme, la musique et la culture allemande, ses parents étant professeurs agrégés d'allemand. Il passe une partie de son enfance en Allemagne, avant la guerre, puis étudie la philosophie à la Sorbonne. Il renonce à l'enseignement après avoir échoué à l'agrégation. Il entre ensuite à Radio France où anime l'émission "L'heure de la culture française". Dans les années 50, il collabore avec des journaux comme Le Monde et le Figaro, puis devient traducteur aux éditions Plon tout en continuant à travailler pour la radio. En 1968, il créé avec Lucien Clergue les Rencontres photographiques d'Arles.

Michel Tournier a déjà 43 ans quand il écrit son premier roman, "Vendredi ou les limbes du Pacifique", qui lui vaut le Grand prix du roman de l'Académie française en 1967. Ce récit d'aventures autour de Robinson, inspiré par l’œuvre de Defoe, se vendra à cinq millions d'exemplaires.

Romancier des mythes

A la croisée des cultures française et allemande, Michel Tournier a revisité, dans son oeuvre de romancier à forte empreinte philosophique, les grands mythes de l'humanité. Avec "Le Roi des Aulnes" (1970), l'écrivain, qui affirmait ne pas être "un littéraire d'origine", s'empare encore d'un mythe. Il raconte l'histoire (reprise de Goethe) d'un ogre en Prusse orientale qui consomme de la chair humaine, séduit la jeunesse et la jette dans la guerre. Le roman, porté à l'écran par Volker Schloendorff en 1996, est élu à l'unanimité par les jurés du Goncourt.

Son troisième roman, "Les Météores" (1975), explore le mythe de Castor et Pollux, et traite de la gémellité. Elu en 1972 juré Goncourt, membre du comité de lecture de Gallimard, il publie de nombreux livres : "Le Vent Paraclet" (1977, essai), "Le Coq de bruyère" (1978, nouvelles), "Gaspard, Melchior et Balthazar" (1980, roman), "Gilles et Jeanne" (1983, roman), "La Goutte d'Or" (1986, roman), "Le médianoche amoureux" (1989, contes), "Eléazar" (1996, roman), "Célébrations" (1999, essai) ou "Journal extime" (2002).

Des livres pour les enfants

Les livres pour enfants le passionnent. Michel Tournier adapte un "Vendredi" pour la jeunesse qui devient un classique et écrit au total une quinzaine de livres pour jeunes, comme "Amandine ou les deux jardins". En 1979, il est élu "écrivain de la décennie" par la presse littéraire française. Et devient un classique.

Cité plusieurs fois pour le Nobel, traduit dans le monde entier, Michel Tournier avait été fait récemment commandeur de la Légion d'honneur.

Il vivait depuis plus d'un demi-siècle dans son presbytère de Choisel, en vallée de Chevreuse, où il avait été le voisin d'Ingrid Bergman. François Mitterrand lui avait un jour rendu visite. Souvent coiffé d'un bonnet de laine, l'écrivain se présentait sous les traits d'un célibataire affable et attentif, parfois "grande gueule". En 1989, ses propos anti-avortement avaient fait beaucoup de bruit.

"Je ne désire que trois choses", assurait ce chrétien qui n'aura cessé de douter : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. L'or représente les droits d'auteur, l'encens les bonnes critiques et la myrrhe le passage à la postérité". Désirs exaucés.