"L'échelle des sens" : un roman trash de Franck Ruzé sur la prostitution étudiante

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Publié le 08/02/2013 à 19H57
Portrait de femme, Uccello, 1450, Metropolitan Museum of Art, New York NY

Portrait de femme, Uccello, 1450, Metropolitan Museum of Art, New York NY

Troisième roman de Franck Ruzé, "L'échelle des sens" s'attaque à un sujet délicat : la prostitution. Il le traite sous la forme brute du témoignage d'une jeune étudiante nihiliste.

L'histoire : Tennessee, 19 ans, étudiante en psycho à Paris se prostitue pour payer ses études et son psychanalyste. Elle vend ses services via une agence de luxe, qui lui trouve des clients intéressés par sa virginité, qu'elle n'a plus, et qu'elle fait recoudre par un chirurgien entre deux passes, plusieurs fois. 7000 euros, c'est le tarif pour une vierge. Ensuite, parce qu'on ne peut pas éternellement recoudre, elle vend des services plus classiques, ceux pour lesquels elle a donné son accord à l'agence, et qu'elle coche dans le formulaire prévu à cet effet. Tennessee a aussi un bon copain, Xavier, qui l'aime et dont elle ne veut pas comme amoureux. Tennessee a aussi un goût prononcé pour la biologie et la génétique, qui fournissent des réponses carrées aux questions vertigineuses qu'elle se pose sur la vie, les hommes, les relations et le monde.

Elle pourrait travailler au Mc Do, ou au Virgin Megastore, (super magasin de la vierge, remarque la narratrice, en pleine psychanalyse…) c'est ce qu'elle raconte à ses parents. Mais elle choisit de vendre son corps, parce que "je suis feignante et que je me déteste", explique-t-elle au premier client amateur de vierges.

La vie quotidienne d'une étudiante prostituée

Le roman fait la description du quotidien glauque de cette jeune femme, avec réalisme et ironie. On sent la fille en colère, sans trop comprendre pourquoi. On ne sait rien non plus des hommes qui paient si cher pour coucher avec des vierges ou tout simplement des prostituées. On a droit à une peinture  détaillée des différentes prestations que Tennessee vend à ses clients, sous forme de courts chapitres, avec détails techniques, le cas échéant (manger des pizzas, qui blessent l'intérieur de la bouche = risque de contamination, à éviter donc).

Tennessee calcule le rapport travail/rémunération : une critique de la société de consommation, où tout se vend et tout s'achète. En quête de sens (ou au moins d'une échelle) dans un monde qui en est manifestement privé, Tennessee finit par ressentir la vie dans son corps, sous la forme d'un fœtus, arrivé par accident dans son ventre, et qu'elle devra tuer.

Récit fait à la première personne, dans un langage parlé d'aujourd'hui, entrelardé de quelques mails échangés avec l'amoureux éconduit, ce roman ressemble aux témoignages que l'on peut lire dans les magazines féminins des salles d'attente du dentiste, ou à un dossier sur ce phénomène inquiétant qu'est la prostitution des étudiants, ils seraient 40 000, nous dit l'auteur, soit un étudiant sur 50 en France. Un brin racoleur et superficiel.

L'échelle des sens Franck Ruzé
Albin Michel - 210 pages - 15.00 €
L'échelle des sens, Franck Ruzé (Albin Michel)

© Albin Michel
Franck Ruzé, 40 ans, est l'auteur de "O%",  (Dilettante 2003), traduit dans de nombreux pays, suivi par "666" en 2006 et "Les hommes préfèrent les connes" en 2009.
 
 
[ EXTRAIT ]
 
"700 euros de l'heure, pour moi, brut. Ca peut paraître beaucoup, pour une heure. Mais si on calcule, ça fait juste un peu plus de 11 euros la minute. Et il y a des minutes difficiles à supporter pour 11 euros. Qu'est-ce que c'est 11 euros? Le prix d'un cocktail dans un bar parisien. Et ça fait 20 centimes la seconde. Tu te dis qu'une seconde pendant laquelle tu suces une queue qui te dégoûte, ça vaut 20 centimes. Seulement. Qu'est- ce que tu achètes avec 20 centimes? Et 5 secondes – tu les sens passer, cinq secondes, tu peux compter : 1…2 … 3 … 4 … 5 … pendant qu'un mec jouit sur ton visage, ça fait juste 1 euro. C'est le prix d'un croissant."