Joseph Andras explique son refus du Goncourt du premier roman par "souci de cohérence"

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/05/2016 à 11H17, publié le 24/05/2016 à 11H12
Joseph Andras, lauréat du Prix Goncourt du premier roman en 2016 pour "De nos frères blessés".

Joseph Andras, lauréat du Prix Goncourt du premier roman en 2016 pour "De nos frères blessés".

© S. Rezvan

Accepter le Goncourt du premier roman aurait été "un frein à l'indépendance d'écriture", affirme le romancier Joseph Andras, distingué par l'Académie Goncourt pour son livre "De nos frères blessés", mais qui a spectaculairement refusé cette distinction enviée par les auteurs.

Roman puissant autour de la figure du militant communiste Fernand Iveton, seul Européen exécuté durant la guerre d'Algérie alors qu'il n'avait tué personne, le livre de Joseph Andras, publié par Actes Sud, a reçu le Goncourt  du premier roman, mais le romancier, âgé de 31 ans, a refusé cette distinction.

"Simple souci de cohérence"

"J'étais mal à l'aise à l'idée d'être pris, sans avoir rien fait pour cela, dans une "course", une mise en compétition, en concurrence tandis que tout me pousse, au regard de mes conceptions politiques, à refuser ces notions", a expliqué le romancier dans un entretien publié mardi par L'Humanité. "J'ai tendance, en tant que lecteur, à fuir les ouvrages flanqués d'un bandeau rouge. Le livre n'était pas même sorti que je voyais ceci comme un frein à l'indépendance d'écriture que je tiens par-dessus tout à préserver",  a-t-il souligné.
"De nos frères blessés" de Joseph Andras © Actes Sud

Le refus du Goncourt relève d'un "simple souci de cohérence". "Je me doute que ma réponse sera, ici ou là, mal comprise, déformée, jugée pour ce qu'elle n'est pas : tant pis... J'ai pesé chaque mot, le plus honnêtement possible et sans le moindre goût pour le "scandale". Il me tarde seulement que nous cessions de parler de tout ceci", a ajouté l'écrivain. 

C'est la première fois que le romancier, qui refuse d'être pris en photo ou de donner des interviews, se confie. Il a choisi de s'exprimer, par courriel, dans L'Humanité, journal qu'il lit "régulièrement". "Fernand Iveton vous lisait également et votre journal revient à plusieurs reprises dans le roman", dit-il.

"Tout est dans le livre"

Joseph Andras reconnaît avoir été surpris par l'accueil réservé à son livre. Son premier manuscrit, "un roman qui se déroulait entre la Roumanie et l'Union soviétique", avait été refusé par les éditeurs y compris Actes Sud.  "J'étais donc loin, bien loin, de m'imaginer que ce texte pourrait faire l'effet d'une "bombe", a indiqué l'écrivain.

A propos de sa discrétion, le romancier affirme : "Un boulanger fait des baguettes de pain, un plombier débouche des canalisations, un écrivain écrit : c'est aussi simple que ça. Tout est dans le livre, je ne vois pas vraiment ce que j'aurais à ajouter de plus". "Un écrivain n'est pas une personne de médias, ce sont deux mondes totalement différents. Je vis en Normandie, au calme, je ne connais pas le milieu littéraire et parisien, ne souhaite pas en savoir plus et tiens plus que tout à me concentrer sur mes prochains textes", a-t-il insisté. "Voir ceci comme du "marketing" en dit surtout long sur ces gens et notre époque d'image, de spectacle et de médias", a-t-il déploré.