Jean Anglade, un écrivain centenaire toujours actif

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/03/2015 à 15H14, publié le 19/03/2015 à 15H15
Jean Anglade à Clermont-Ferrand le 17 mars 2015

Jean Anglade à Clermont-Ferrand le 17 mars 2015

© Thierry Zoccolan / AFP

"Si j'avais un secret de longévité, ça fait longtemps que je l'aurais vendu et je serais milliardaire!" : à cent ans, fêtés mercredi, l'écrivain Jean Anglade n'a rien perdu de son humour quand on lui demande si l'écriture est la source de son grand âge.

Avec Blaise Pascal, Henri Pourrat et Alexandre Vialatte, l'Auvergne compte un autre grand écrivain, très prolifique, avec plus d'une centaine d'oeuvres recensées : Jean Anglade. À l'occasion de ses cent ans, il sort un nouveau roman, Le Grand Dérangement.

En maison de retraite à Clermont-Ferrand depuis quelques mois, il n'a pas cessé d'écrire, bien au contraire. "Je viens de terminer un livre, La cage aux merles blancs, qui raconte la vie en maison de retraite. Depuis peu, j'ai commencé autre chose, là", confie-t-il à l'AFP en pointant la machine à écrire sur son bureau.

Dans sa petite chambre avec vue sur le Puy-de-Dôme, l'auteur aux yeux bleus rieurs raconte son enfance en Auvergne - il est né le 18 mars 1915 - et ses liens avec Pourrat et Vialatte, qui était un ami très cher. "Il tenait une chronique dans La Montagne à l'époque et dans l'une d'elles, il avait parlé trente-six fois de moi, j'ai compté ! J'en étais très heureux."

Vialatte et Anglade, par ailleurs traducteurs (Jean Anglade, professeur d'italien, a traduit notamment Boccace et Machiavel) étaient sur la même ligne. "Leurs humours aussi se complétaient bien", souligne Hélène Anglade, sa fille.

"Paris est très loin"

Malgré des millions d'ouvrages vendus - romans, poésie, théâtre, livres d'histoire, pour la jeunesse - et parfois traduits en anglais à l'instar 'Des chiens vivants', Jean Anglade est toujours resté discret, se tenant éloigné des cercles littéraires de la capitale.

"Paris est très loin", affirme-t-il à l'AFP. S'il est resté distant, c'est peut-être aussi par désaccord avec les critiques, qui l'ont étiqueté "écrivain régionaliste".

"Je ne suis pas uniquement régionaliste !"

L'un de ses livres phare, "Les Ventres jaunes", est une saga sur les couteliers de Thiers. Mais "je ne suis pas uniquement régionaliste !, s'insurge-t-il. J'ai écrit sur l'Auvergne, oui, mais j'ai aussi écrit des ouvrages comme La Foi et la Montagne, qui se passe aux Philippines (Prix des Libraires en 1962, ndlr) ; Le Point de Suspension, qui se passe pendant la guerre du Vietnam; ou encore Les Chiens Vivants", un huis clos étouffant dans les cellules où les nazis attendaient leur jugement à Nuremberg.

C'est après le grand succès d'Une Pomme oubliée, en 1969, dont l'intrigue se passe dans un hameau du fin fond de l'Auvergne, qu'il décide cependant, selon sa fille, de planter la plupart de ses décors dans la région, l'inspiration y étant facile à trouver.

"Quand j'étais petite, il avait toujours un petit carnet dans sa poche, dans lequel il notait une petite phrase ou une idée qui lui venait en discutant avec les gens ou en lisant le journal", évoque-t-elle. Pour autant, les oeuvres d'Anglade explorent davantage le genre humain que la géographie auvergnate: "Ce qui m'intéresse par-dessus tout", explique-t-il, "c'est l'homme, qu'il soit auvergnat ou chinois."