Hommages à Julio Cortazar des deux côtés de l'Atlantique

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/08/2014 à 09H36, publié le 27/08/2014 à 08H56
L'écrivain Julio Cortazar, en 1970

L'écrivain Julio Cortazar, en 1970

© OZKOK/SIPA

Julio Cortazar, auteur de "Marelle" né en Belgique, mort à Paris mais résolument argentin, aurait eu 100 ans cette semaine. On lui rend hommage en France comme en Argentine.

En Argentine, 2014 a été décrétée "année Cortazar", avec comme thème "100 ans sans Julio". A Buenos Aires, pendant trois jours, plus de 40 écrivains, universitaires et journalistes débattent cette semaine à la Bibliothèque nationale du rôle de cet intellectuel engagé à gauche, ayant soutenu les révolutions cubaine et sandiniste.
 
A Buenos Aires, une exposition plonge dans l'intimité de l'écrivain
 
Au Musée des Beaux Arts, une exposition intitulée "Les autres ciels" réunit, jusqu'au 28 septembre, sa machine à écrire, sa pipe, une vieille  guitare que lui avait offerte le poète chilien Pablo Neruda et de nombreuses photos de l'auteur. L'exposition permet de plonger dans l'intimité de l'écrivain et de découvrir les livres ou le cinéma qu'il aimait, sa passion pour la boxe et pour le jazz, son plaisir de fumer et de déguster un whisky...
 
Pour fêter son centenaire, le London City, café des années 1950 qu'il avait immortalisé dans son livre "Les gagnants", a rouvert ses portes à Buenos Aires. A l'intérieur, une table porte désormais une plaque en bronze et un cendrier d'acier qui lui sont dédiés.
 
"Nous marchions sans nous chercher, tout en sachant que nous marchions pour  nous rencontrer" : même Google, en plaçant mardi une phrase de son livre phare, "Marelle", sur sa page d'accueil argentine, s'est souvenu de l'écrivain facétieux, surmontant la barre de recherche d'une marelle avec son portrait.
 
"Marelle", un roman-labyrinthe de 155 chapitres
 
"Marelle", roman-labyrinthe de 600 pages qui entremêle récits à Paris et à Buenos Aires, et que le lecteur peut lire dans l'ordre ou en sautant d'un chapitre à l'autre (il y en a 155) sans suivre la numérotation, est sans conteste l'oeuvre la plus connue de Julio Cortazar. Mêlant souvent le fantastique ou le réalisme magique typique de la littérature sud-américaine, traduit dans une trentaine de langues, il s'est vendu cette année à plus de 100.000 exemplaires dans les pays de langue espagnole.
 
Quand le livre est publié en 1963, l'écrivain, féru de surréalisme et de pataphysique, a déjà près de cinquante ans et une oeuvre prolifique derrière lui, souvent teintée d'humour, avec notamment "Bestiaire", "Fin d'un jeu" ou encore "Les armes secrètes", des recueils de nouvelles qui témoignent déjà de  son talent de conteur.
 
Trente ans d'exil
 
Né à Ixelles (Belgique) le 26 août 1914, il rejoint l'Argentine quand sa famille y revient en 1918, avant de la quitter à nouveau en 1951 pour la France, en protestation contre la dictature du général Peron.
 
Un exil qui a duré plus de trente ans, jusqu'à sa mort. Il a même pris la nationalité française en 1981. En France, en plus de ses écrits, il a travaillé comme traducteur, faisant passer à l'espagnol des auteurs comme Marguerite Yourcenar ou Lautréamont.
 
"Il avait fait sa vie à Paris, mais l'Argentine a été sa référence, et cela se voit dans son oeuvre", raconte à l'AFP Sara Facio, amie photographe de l'écrivain et auteur de son portrait le plus célèbre en 1967, une photo en noir  et blanc le montrant cigarette à la bouche et regard frondeur.
 
Un hommage au cimetière Montparnasse
 
En mars, le Salon du livre à Paris lui a rendu hommage, l'Argentine étant cette année son invitée d'honneur.
 
Mardi, plusieurs dizaines de personnes, la plupart originaires d'Amérique du sud, se sont réunies à Paris autour de sa tombe, au cimetière Montparnasse.
 
"Par hasard, il s'est produit ici une rencontre extraordinaire entre Latino-américains, nous ne nous connaissions pas avant, mais nous voici réunis pour célébrer une fois de plus la naissance d'un être aussi extraordinaire", racontait Susana Neuhaus, psychologue et artiste argentine, amie personnelle de Julio Cortazar.
 
A ses côtés, le cinéaste uruguayen Gonzalo Arijon a entrepris de réaliser un petit film devant la tombe : "C'est un plan séquence de 40 minutes dans lequel défilent de nombreuses personnes, c'est un moment collectif, très émouvant, un acte d'amour spontané", a-t-il expliqué. Le film sera diffusé sur plusieurs télévisions latino-américaines et sur YouTube.