"Handi-Gang" : le roman révolté de Cara Zina sur le monde du handicap

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/09/2017 à 18H54, publié le 14/09/2017 à 15H36
Cara Zina

Cara Zina

© Alexandre Marchi

"Handi-Gang" n'est ni un plaidoyer ni un pamphlet mais une délicieuse ode à l'ouverture à l'autre. Ni regard larmoyant ni apitoiement, l’écriture percutante et dynamique communique une rage de vivre qui ne laisse pas indifférent. Après "Heureux les simples d'esprit", Cara Zina signe un nouveau roman politiquement incorrect et plein d’humour sur le monde du handicap vu de l'intérieur (Libertalia).

L’histoire : Sam est un jeune adolescent charismatique, drôle et plutôt bon élève. Seulement voilà, depuis sa naissance, un trou dans la colonne vertébrale l’empêche de marcher, le destinant à son fauteuil roulant. Entre ascenseurs occupés, personnes pressées et lieux inaccessibles, son quotidien est parsemé de difficultés que quelques efforts pourraient éviter. Un jour, sa prof de maths de lycée décide de ne pas l’accepter car Sam a quelques minutes de retard. Elle n’est ni sadique ni méchante mais juste dérangée à l’idée de bouleverser le bon déroulement de son cours. Après tout, pourquoi modifier le règlement?

Quand quelques heures plus tard, un ami de Sam qui a le malheur d’être né noir et handicapé est agressé, c’en est trop. Qu’ils soient sourds, muets, aveugles, autistes ou juste solidaires, des amis décident de s’unir autour de Sam pour revendiquer plus de considération. Les choses pourraient bien changer, les rôles s’inverser. Le roman nous embarque dans les aventures rocambolesques d’une bande de jeunes bras cassés, dont les mésaventures seront à la fois drôles et touchantes.

Le monde du handicap vu de l’intérieur

Cara Zina prend le parti de traiter avec légèreté un sujet grave. Sa colère est douce, sa révolte pleine d’humour. Que ce soit Paul qui est aveugle, Emma qui est autiste, Kevin son meilleur ami ou Camille sa petite amie, les personnages sont des héros positifs et plein de vitalité auxquels il est facile de s’attacher. Avec leurs fissures respectives et leurs aspirations parfois divergentes, ils tentent de construire un monde plus hospitalier.

Un ton décalé pour appréhender le handicap, c’est peut-être la meilleure façon de dénoncer le sort qui lui est bien souvent réservé, entre indifférence implacable et tendresse enfantine. Prendre du recul et même en rire pour franchir le pont entre deux mondes injustement séparés. Ce cri littéraire est aussi celui d’une mère qui se bat depuis la naissance de son enfant atteint de spina bifida, une malformation de la moelle épinière. "Ce livre part d’un désir d’utopie et d’un rêve d’un monde idéal que j’ai pu envisager quand mon fils était plus jeune".

Je ne crois en aucun dieu. Je ne suis pas vraiment syndicaliste, ni anarchiste, ni communiste, ni socialiste, ni centriste et encore moins de droite. Je ne suis pas raciste, ni sexiste, ni fasciste. Je ne suis pas bobo bien-pensante. Je ne suis plus punk, ni branchée. Je n’ai jamais été B.C.B.G. Je ne suis pas arabe, africaine ou asiatique. Je ne me sens pas plus française que nancéienne ou lyonnaise. Je ne suis pas la fille d’une célébrité ou la femme de qui que ce soit. La seule certitude que j’ai, c’est d’être la mère de mon fils.

Note de Cara Zina en première page


Un style percutant

Percutante, l'écriture de Cara Zina ne prend jamais de détours inutiles. Le style, parfois oralisé, n’en est que plus saisissant. Les points de vue s’entrecroisent et se confrontent, tantôt celui de Sam, tantôt celui de sa mère, tantôt celui d’un ami. Des références philosophiques, musicales et poétiques ponctuent le roman à chaque début de chapitre, annonçant la couleur savoureuse des histoires qui vont suivre.

Un autre regard sur l’Autre est posé, car c’est bien de tolérance et d’ouverture dont il est question. Faciliter le quotidien et l’accessibilité ne sera possible que si l’on commence à accepter de changer notre perception du handicap. Et si pour une fois, l’on cessait de vouloir adapter le monde des invalides à celui des valides, et si pour une fois, c'étaient nous, les sans fauteuils, les voyants, les entendants, qui acceptions de nous adapter à eux, les "en fauteuils", les non-voyants, les malentendants. Utopie moderne, ce roman bouscule, nous invite à réfléchir et ne peut nous laisser insensible.

Extrait : 

Moi, j’aurais aimé faire d’Aaron Fotheringham la vitrine médiatique du mouvement. Voilà enfin un modèle auquel de jeunes handicapés pourraient vouloir ressembler. Au cinéma, à la télé, dans les séries, les romans ou les bandes dessinées, les handicapés sont toujours sombres, dépressifs ou mauvais, frustrés, aigris ou assoiffés de vengeance. Quand ce ne sont pas des monstres, ils servent de faire-valoir au héros, ils finissent par se suicider, ou ils se réveillent et ont retrouvé leur validité, ouf, ce n’était qu’un cauchemar ! Je rêve de populariser dans l’Hexagone ce héros handicapé exceptionnellement dynamique et positif, qui existe et qui fait rêver tel qu’il est.

"Handi-Gang", Cara Zina, page 171
"Handi-gang" (Editions Libertalia, en librairie depuis le 15 juin, 10e)

"Handi-gang" (Editions Libertalia, en librairie depuis le 15 juin, 10e)

Le 16 septembre est organisée une lecture théâtralisée et musicale extraite de "Handi-Gang" par Cara Zina. Ca se passera à Lyon, à 20h, au Théâtre sous le Caillou à Croix-Rousse.