Erri de Luca : des personnalités demandent à François Hollande d'intervenir

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/03/2015 à 13H19, publié le 21/03/2015 à 11H12
Erri de Luca à la deuxième audience de son procès à Turin (16 mars 2015)

Erri de Luca à la deuxième audience de son procès à Turin (16 mars 2015)

© Erri de Luca à la deuxième audience de son procès (16 mars 2015)

Des personnalités de la culture et des élus français ont appelé vendredi François Hollande à sortir de son "silence" sur l'affaire Erri de Luca. L'écrivain italien est poursuivi en Italie pour incitation au sabotage de la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin. Le chef de l'Etat a répondu samedi qu'il ne souhaitait pas intervenir dans une affaire judiciaire.

"Que nous dit aujourd'hui le silence des plus hautes autorités de ce pays ?", s'est interrogé au nom du Comité de soutien à Erri De Luca le sociologue Jean-Marc Salmon, lors d'une réunion au Centre national du Livre (CNL) à laquelle assistait l'écrivain. Il a rappelé la fameuse phrase du général De Gaulle : "On n'embastille pas Voltaire", alors qu'il était question de lancer une procédure judiciaire contre Jean-Paul Sartre".
 
Plusieurs personnalités étaient présentes comme Antoine Gallimard, PDG des éditions Gallimard, Denis Olivennes, PDG de Lagardère Active, maison-mère d'Europe 1, Laurent Binet et Susie Morgenstern, écrivains, le député socialiste Pouria Amirshahi, la députée écologiste Cécile Duflot, le député européen Verts Pascal Durand, le directeur du Théâtre du Rond-Point Jean-Michel Ribes, parmi d'autres.

François Hollande ne veut pas intervenir

François Hollande, qui était au Salon du Livre samedi matin, a déclaré : "Je ne veux pas intervenir  dans les affaires judiciaires, mais ce que je peux faire au nom de la France, c'est toujours soutenir la liberté d'expression, de création et ça vaut aussi pour les auteurs, qui peuvent être Français, qui peuvent être Italiens, qui peuvent être de toute nationalité, et qui ne doivent pas être poursuivis pour  leurs textes".        
  
Erri De Luca  a remercié les personnalités intervenues en sa faveur : "Vous êtes le meilleur avocat défenseur qu'un inculpé pouvait imaginer", a-t-il dit.
              
Le comité de soutien réclame l'intervention du gouvernement français pour faire retirer la plainte déposée contre l'écrivain par la société franco-italienne Lyon Turin Ferroviaire (LTF), devenue fin février la TELT (Tunnel Euralpin Lyon Turin).
              
Fleur Pellerin ne souhaite pas interférer
 
La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a déclaré jeudi que la sanction qui pourrait être infligée à Erri De Luca serait "disproportionnée par rapport à son engagement ou à ses propos". Mais elle a ajouté, elle aussi, qu'elle ne souhaitait pas "interférer dans une affaire judiciaire".
              
Un comité de soutien international a été lancé mercredi à Paris et Barcelone dont l'appel a été signé par plus de 300 personnalités dont l'écrivain britannique Salman Rushdie, l'Américain Paul Auster, l'ex-président du Festival de Cannes Gilles Jacob, des éditeurs comme l'Italien Carlo Feltrinelli, des écrivains comme les Espagnols Antonio Muñoz Molina et Rosa Montero, l'Argentin Guillermo Saccomano, l'Algérien Boualem Sansal, le Portugais Gonçalo Tavares ou le Chilien Ariel Dorfman.
 
Un comité de soutien international
 
"Plus de 300 personnalités issues de 19 pays défendent aujourd'hui le droit à la liberté d'expression d'Erri De Luca" et demandent "le retrait de la plainte de la Lyon Turin Ferroviaire, filiale française de la SNCF", selon le texte. "Nous n'acceptons pas qu'un écrivain soit poursuivi pour ses mots", avaient affirmé les signataires de cet appel, demandant à "l'Etat français de donner l'ordre à la SNCF", de retirer la plainte contre l'écrivain.
 
Erri De Luca est jugé devant le tribunal de Turin depuis fin janvier pour avoir préconisé le "sabotage" du projet de ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin, dans un entretien à la version italienne du Huffington Post. Prix Femina étranger en 2002 pour "Montedidio", Prix européen de littérature 2013, il vient de publier "La parole contraire" chez Gallimard. Il risque de un à cinq ans de prison. La prochaine audience du procès est prévue le 20 mai.