DSK fait condamner l'auteur d'un roman sur l'affaire du Sofitel

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/06/2016 à 15H33, publié le 02/06/2016 à 15H12
Dominique Strauss Kahn en février 2015 à Lille.

Dominique Strauss Kahn en février 2015 à Lille.

© Philippe Huguen / AFP

Dominique Strauss-Kahn a obtenu jeudi la condamnation en diffamation de Régis Jauffret, l'auteur de "La Ballade de Rikers Island", un roman sur l'affaire du Sofitel qui a coûté sa carrière à l'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI).

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné l'auteur, Régis Jauffret, à une amende de 1.500 euros avec sursis, ainsi qu'à 10.000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral pour certains passages de son ouvrage et à 5.000 euros pour des propos tenus à la radio pendant la promotion de son livre. La justice a aussi interdit toute nouvelle édition du roman comportant les passages jugés diffamatoires à l'encontre de l'ancien patron du Fonds monétaire international.

Le tribunal a revanche débouté l'ancien ministre de ses demandes concernant les Éditions du Seuil et leur patron Olivier Bétourné, déclarant nulle la citation délivrée à son encontre.

"Le récit contredit la procédure américaine" plaide l'avocat de DSK

L'avocat de DSK, Me Henri Leclerc, avait lors de l'audience en mars, dénoncé une "diffamation effroyable" distillée à travers ce roman de plus de 400 pages paru aux Éditions du Seuil le 16 janvier 2014. Un roman qui raconte la chute du président d'une institution financière internationale, accusé de viol par une femme de chambre d'origine africaine.
 
Le nom de Dominique Strauss-Kahn n'est jamais cité et les éditions du Seuil ont toujours soutenu qu'il s'agissait d'un personnage de fiction. Un seul nom est cité: celui de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel de New York qui a envoyé Dominique Strauss-Kahn en prison, à Rikers Island, sur des accusations de viol en mai 2011. Si cette affaire s'est finalement soldée par une transaction financière, elle a coûté sa carrière à un économiste brillant, alors favori de la course à la présidentielle française de 2012.
 
Or, pour le plaignant, le récit d'un viol contredit la procédure américaine qui a abandonné toute poursuite contre DSK. "Ce livre décrit un viol, à l'indicatif. Le lecteur croit lire enfin le récit de ce qui s'est passé dans la suite 2806 du Sofitel", a tonné Me Leclerc.

L'auteur et l'éditeur défendent la liberté de création

Les avocats de Régis Jauffret et du Seuil avaient plaidé la liberté totale de la "création littéraire": liberté "de mentir, d'inventer" car DSK "ne s'appartient plus", "le monde entier a déjà commenté cette affaire". L'auteur lui-même proclame en ouverture de son livre: "Le roman, c'est la réalité augmentée."

"Tout pourrait être vrai, mais rien n’est moins sûr. Nous voici voyeurs, sans doute, même si c’est d’un paysage imaginaire que nous nous remplissons la rétine.", écrivait notre critique à l'époque. Il poursuivait : "Il y a dans cette affaire, tous les ingrédients d’une tragédie moderne. L’amour, le risque, l’ambition, le mépris, le sentiment de classe et de caste. Si tout ceci n’avait existé, il aurait mérité d’être inventé."

Le tribunal juge qu'on ne peut s'abriter sous la qualification de "roman"

Dans sa décision, le tribunal estime que "la sémantique utilisée, dont l'utilisation même, à trois reprises, du terme de viol, excluent l'hypothèse de la simple narration d'une relation sexuelle consentie entre deux adultes amateurs de rapports brutaux ou de jeux de soumission et de domination".
 
"Outre que le dernier chapitre se présente avant tout comme une description réaliste, voire clinique, de la scène de viol", le tribunal relève "la place même du chapitre incriminé, qui vient, de manière spectaculaire et dramatique, clôturer l'ouvrage".
 
Tranchant entre liberté d'expression et protection de l'honneur, le tribunal a jugé qu'"il ne saurait suffire, pour prétendre échapper à toute condamnation, de s'abriter sous la qualification expresse de roman".