DSK attaque le roman de Régis Jauffret : le procureur admet la diffamation

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/03/2016 à 16H33, publié le 25/03/2016 à 16H29
Dominique Strauss-Kahn (26 février 2013)

Dominique Strauss-Kahn (26 février 2013)

© Kenzo Tribouillard / AFP

Les juges du tribunal correctionnel de Paris étaient appelés à se prononcer jeudi sur un roman de Régis Jauffret sur l'affaire du Sofitel, que Dominique Strauss Kahn attaquait pour "diffamation".

L'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) a, par la voix de son avocat, dénoncé une "diffamation effroyable" distillée selon lui dans les 400 pages de "La Ballade de Rikers Island", paru aux Editions du Seuil le 16 janvier 2014, qui décrit la chute d'un homme, le désarroi d'une femme et, de façon très précise, une "scène de viol".
 
Une fiction qui par la grâce de la "création littéraire" peut tout se permettre, comme le plaide la défense, ou le récit clinique d'un viol, à charge ? Seul nom cité dans ce livre, celui de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel de New York qui a envoyé Dominique Strauss-Kahn en prison, à Rikers Island, sur des accusations de viol en mai 2011.
 
Un récit qui, pour le plaignant, s'appuie totalement sur le réel et contredit la procédure américaine, qui a abandonné toute poursuite contre DSK.

L'affaire du Sofitel peut être romancée, pour l'avocat du Seuil

Cette affaire du Sofitel, si elle s'était finalement soldée par une transaction financière, avait coûté sa carrière à un économiste brillant, un brin dilettante, aimant l'argent et les femmes, et alors favori de la course à la présidentielle française de 2012.
 
"L'affaire du Sofitel peut être romancée. On est en 2014 quand le roman paraît, le monde entier sait que Dominique Strauss-Khan a été innocenté", a plaidé Me Christophe Bigot, avocat des Editions du Seuil et de l'auteur.
 
"Régis Jauffret prend une affaire dont la matière est romanesque, accentue les traits, en fait ce qu'il veut. Peut mentir, inventer. C'est de la pure création", a affirmé l'avocat de l'auteur qui proclame en ouverture de son  livre: "Le roman, c'est la réalité augmentée."

Me Leclerc écoeuré par la description de l'agression

"Ce livre décrit un viol, à l'indicatif. Le lecteur croit lire enfin le récit de ce qui s'est passé dans la suite 2806 du Sofitel", a tonné Me Leclerc, se disant écoeuré par la description de l'agression, "dégradante" pas seulement pour Dominique Strauss-Kahn mais aussi pour Nafissatou Diallo.
 
Pour illustrer son propos, il lit un passage : "Il la jette sur le lit, la chevauche, cherche à planter son sexe entre ses lèvres serrées, et la tête de Nafissatou qui ne cesse de bouger pour éviter le gland."
 
Sept passages du livre sont visés, ainsi que des déclarations de l'auteur à  France Inter le jour de la parution, où Régis Jauffret se dit persuadé  que DSK "ne s'est pas aperçu qu'il l'(Nafissatou Diallo) avait violée".
 
"Le monde entier a commenté cette affaire", Régis Jauffret le fait aussi, en romancier et en toute "bonne foi", a plaidé une autre de ses conseils, Bénédicte Amblard.

Le procureur constate la diffamation

Des arguments balayés d'avance par le procureur, qui a estimé que Régis  Jauffret n'avait "même pas tenté de s'ancrer dans la fiction pour cette oeuvre", contrairement à ce qu'il fit pour de précédents romans basés sur des faits divers.
 
Il a constaté la diffamation et laissé au tribunal le soin de fixer le montant d'éventuels dommages, le plaignant demandant pour sa part 50.000 euros à l'éditeur comme à l'auteur  ainsi que la publication d'un encart portant mention de la condamnation dans tous les exemplaires parus du livre.
 
Le jugement a été mis en délibéré au 2 juin.