Devoirs de vacances des Goncourt : "lire 150 livres est un objectif atteignable"

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/06/2014 à 11H44, publié le 20/06/2014 à 11H45
Paule Constant, Franoise Chandernagor, Bernard Pivot et Didier Decoin, membres de l'Académie Goncourt en 2013

Paule Constant, Franoise Chandernagor, Bernard Pivot et Didier Decoin, membres de l'Académie Goncourt en 2013

Ils ont du pain sur la planche les jurés du Goncourt, qui vont devoir comme chaque année "avaler" un nombre extraordinaire de romans en un temps record. Paule Constant dit pouvoir en lire 150 dans son été, Tahar Ben Jelloun en a lu 32 l'année dernière et compte faire mieux cette année...

Dans ses bagages, une caisse de livres et une de bons vins destinés aux amis: l'été de Bernard Pivot, comme celui des autres jurés Goncourt, rimera avec intense lecture, même si le ballon rond "perturbera le mois de juillet", avoue ce fan de foot. "Mes 'devoirs de vacances' prendront un peu de retard...

Les treize premiers jours de juillet vont être perturbés par la Coupe du monde, mais je me rattraperai !", confie à l'AFP l'un des plus célèbres journalistes littéraires, "twitto" de choc et longtemps star du petit écran. "Je ne lis pas en regardant un match, ni n'en regarde entre deux chapitres ! Et je fais une chronique sur le Mondial pour Le Soir", le journal belge, explique Bernard Pivot, qui fut consultant de France 2 pour quatre Coupes du monde.

Pivot : les journées pluvieuses pour "Le royaume" d'Emmanuel Carrère

Au menu du président de l'Académie Goncourt depuis janvier, passeur de littérature depuis quarante ans, 15 jours dans sa maison de famille dans le Beaujolais, puis une virée en voiture dans le Luberon et sur la Côte d'Azur. Dans le coffre, "du vin que j'offre aux amis qui me reçoivent et une caisse de livres".

"Pendant l'été, je lis une cinquantaine de romans français de la rentrée, très attentivement, et 25 auxquels je jette un oeil et donne parfois une seconde chance. C'était la même chose du temps d'Apostrophes", relève Bernard Pivot, 79 ans et juré depuis 2004. Il y a les premiers romans, parfois des pépites, des livres que le buzz, les éditeurs ou les autres jurés qualifient "d'intéressants" et d'autres très attendus.

Ainsi, dit-il, "je choisirai des journées pluvieuses, pendant lesquelles je serai sûr de ne pas être dérangé, pour me plonger dans le roman d'Emmanuel Carrère", "Le Royaume", publié en septembre chez P.O.L.

Record : "150 livres durant l'été"

Tout au long de l'été, chacun envoie ses notes de lecture à Marie Dabadie, secrétaire de l'académie et grande lectrice, qui les transmet aux autres jurés. S'en suivent "d'intenses discussions et des échanges passionnants sur les romans", assurent-ils en choeur.

Le Goncourt est le plus convoité des prix littéraires et son jury "particulièrement vertueux : les dix jurés lisent pendant l'été tous les livres discutés, au détriment de leur propre écriture", assure le seul homme de télé admis dans ce cénacle de romanciers. Attendue dans la fièvre, une première sélection de romans en lice pour le Goncourt sera dévoilée le 4 septembre. Deux autres suivront les 7 et 28 octobre, avant le Jour J, le 5 novembre.

Transfuge du Femina, Paule Constant, jurée Goncourt depuis 2013, reste chez elle, à Aix-en-Provence. "Je consacre l'été à lire le plus possible : 150 livres est un objectif atteignable pour qui lit du matin au soir !", assure-t-elle. "Cela m'oblige à mettre mes projets d'écriture entre parenthèses", reconnaît la prix Goncourt 2003.

"Lire pour soi est une chose, lire pour la sélection du Goncourt en est une autre"

La rentrée 2014 "s'annonce excellente". Pierre Assouline, juré depuis 2012, l'avoue : "je ne sais plus lire sans un crayon dans la main droite... Cet été, je lirai, j'écrirai. J'irai partout et nulle part", poursuit le journaliste, blogueur et écrivain qui "ne goûte guère les vacances". Il lira certains livres sur écran, "d'autres, à l'ancienne. Vous vous souvenez, ceux avec du papier dedans", plaisante-t-il.

Vacances ? Un mot tout aussi étranger à Tahar Ben Jelloun, prix Goncourt 1987 et juré depuis 2008. "Un écrivain, même s'il se met +au vert+, ne peut arrêter la machine qui l'habite. Je passe l'été chez moi à Tanger. Je marche tôt le matin puis me mets au travail : je n'écris pas, je lis... Lire pour soi est une chose, lire pour la sélection du Goncourt en est une autre". "J'aime commencer par les premiers romans. Je ne lis jamais en diagonale."

L'an dernier, "j'ai lu 32 romans. Cette année, j'ai commencé fin mai et je pense faire mieux !". Si le jury échange beaucoup par écrit pendant l'été, il vote oralement le jour du Goncourt et, depuis cent ans, dans le mythique salon de chez Drouant.