Décès de Robert Sabatier, l'auteur comblé des "Allumettes suédoises"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 28/06/2012 à 13H55
Robert Sabatier en novembre 2011 à Paris

Robert Sabatier en novembre 2011 à Paris

© MAXPPP/PHOTOPQR/LE PARISIEN/AUBOIROUX

Robert Sabatier, décédé jeudi à l'âge de 88 ans, a connu un succès international avec "Les allumettes suédoises", premier volet des aventures d'Olivier, vendues à des millions d'exemplaires dans le monde, dans lesquelles cet enfant de Montmartre a raconté sa jeunesse.

 

"Il est décédé ce jeudi à 13H00 à l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt", a précisé la maison d'édition, confirmant une information du Point.fr. 

Doyen de l'Académie Goncourt, Robert Sabatier s'est imposé comme un grand de la littérature populaire avec "Les allumettes suédoises", qui connut un énorme succès à la fin des années 1960, mais aussi comme un poète exigeant, auteur d'une monumentale "Histoire de la poésie française". 

Né le 17 août 1923, cet enfant de Montmartre, orphelin à 12 ans, peuplait ses livres de personnages truculents et fit revivre dans une vingtaine de romans le Paris gouailleur, insouciant, un peu anar, des années 1930. Au lendemain de la guerre, et après avoir pris le maquis, il rentre à Paris pour vivre sa passion de la littérature. Son premier roman, "Alain et le nègre" (1953), est salué par la revue "Les lettres françaises" comme "le premier roman français antiraciste" et adapté par Julien Duvivier au cinéma. 

"Les allumettes suédoises", immense succès populaire

Encouragé par Albert Camus et quelques figures de l'après-guerre, il publie une quinzaine de livres en quinze ans. Mais c'est avec "Les allumettes suédoises" (1969), premier volet des aventures du jeune Olivier, orphelin
lui-même, qu'il rencontre le succès populaire. Une histoire de poulbot pur jus, dont il eut bizarrement l'idée en observant jouer des gamins de New York.

"Le manuscrit a été assez vite achevé et je l'ai porté à mon éditeur qui a trouvé cela charmant, tout en prédisant que cela ne se vendrait pas parce que mon enfance n'intéressait que moi", racontait-il, la pipe vissée à la bouche. "Les allumettes suédoises" ratent de peu le Goncourt, mais Sabatier ajoutera sept épisodes en trente ans aux aventures d'Olivier : "Les noisettes sauvages" (1974), "David et Olivier" (1986), "Olivier et ses amis" (1993)... La saga s'est vendue depuis à des millions d'exemplaires dans le monde et France 2 a adapté "Les allumettes..." en 1996 pour un téléfilm en trois épisodes.

Robert Sabatier en 1955

Robert Sabatier en 1955

© Studio Harcourt / AFP

Recalé au Goncourt, Robert Sabatier entre pourtant en 1971 au jury du prix, dont il sera un membre influent pendant une quarantaine d'années. Le romancier célébrissime mettait la poésie au dessus de tout. Au point de lui consacrer une "Histoire de la poésie française" en neuf volumes, pour laquelle il disait avoir lu 25 millions de vers en 40 ans. Il a publié lui-même une dizaine de recueils de poèmes - "Les fêtes solaires" (1952), "Dédicace d'un navire" (1984)... - dépouillés, austères, à l'opposé de la prose truculente du romancier. En 1969, il obtient le Grand prix de poésie de l'Académie française. 

L'auteur de best-sellers savait aussi être plus grave, avec des romans comme "Les années secrètes de la vie d'un homme" (1984) ou "Diogène" (2001). Sabatier, gamin de Paris, ne rigolait pas avec la littérature. En 1994, il n'hésita pas, à 71 ans, à boxer l'écrivain Louis Nucéra avec qui il était en désaccord pour l'attribution d'un prix littéraire : "Ca s'est transformé en pugilat au cours duquel j'ai flanqué une raclée à Nucéra", racontait-il, amusé de cet épisode inattendu de la vie littéraire.