Décès de l'écrivain Yann Andréa, dernier compagnon de Marguerite Duras, à 63 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/07/2014 à 11H58, publié le 11/07/2014 à 11H55
Yann Andréa et Marguerite Duras lors du Festival du jeune cinéma de Hyères, en septembre 1981.

Yann Andréa et Marguerite Duras lors du Festival du jeune cinéma de Hyères, en septembre 1981.

© Gérard Fouet/AFP

Exécuteur littéraire et compagnon de Marguerite Duras, Yann Andréa avait lui-même publié plusieurs ouvrages, dans lesquels il parlait de sa relation avec l'auteur de "l'Amant". Retiré de la vie publique ces dernières années, il a été retrouvé mort chez lui jeudi 10 juillet.

Andréa était le nom que Marguerite Duras avait choisi pour lui. De son vrai nom Yann Lemée, le dernier compagnon de l’écrivaine est décédé jeudi 10 juillet, à l’âge de 63 ans. Son corps sans vie a été retrouvé dans son appartement du VIème arrondissement parisien, a-t-on appris de source policière. Les raisons de son décès n'ont pas été précisées mais ne sont a priori pas suspectes.

Yann Andréa, né en 1952, accompagna Marguerite Duras jusqu’au décès de celle-ci en 1996. Il était lui-même l'auteur de plusieurs ouvrages : M.D. (Editions de Minuit, 1983), "Cet amour-là" (Ed. Pauvert, 1999), "Ainsi" (Pauvert, 2000), "Dieu commence chaque matin" (Bayard, 2001).

Une relation tourmentée avec Duras


Dans "Cet amour-là", il avait raconté ses relations tourmentées, avec Marguerite Duras. Le livre donnait la troublante impression d'avoir été écrit par Duras elle-même. Etudiant en philosophie à Caen, il disait être tombé amoureux d'elle en lisant "Les Petits Chevaux de Tarquinia" et avoir décidé de ne plus lire que du Duras. Pendant cinq ans, il lui adresse des lettres d'admiration. Un jour de 1980, le jeune homme frappe au domicile de Trouville de l'écrivaine. Ils ne se quitteront plus. Elle avait 66 ans à l'époque, lui 28.

"Je voudrais parler de ça: ces seize années entre l'été 80 et le 3 mars 1996 (date de la mort de Duras, ndlr). Ces années vécues avec elle. Je dis elle. J'ai toujours une difficulté à dire le mot", expliquait-il. "C'était totalement passionnant, mais épuisant. Ca ne s'arrêtait jamais", avait-il encore confié en 1999, dans l'émission Bouillon de Culture de Bernard Pivot, à propos de leur vie commune.


Tout à la fois son secrétaire, son amour "invivable", parfois son souffre-douleur, Yann Andréa était aussi l'exécuteur littéraire de l'écrivain. C'est à ce titre qu'il s'était opposé en 1999 à Jean Mascolo, fils unique de Duras. Dans une tribune à Libération, ce dernier s'était élevé contre la décision de Yann Andréa d'interdire la publication d'un ouvrage, édité par Mascolo lui-même, "Duras: la cuisine de Marguerite", rassemblant des recettes, des transcriptions d'entretiens.

Discret ces dernières années

"La mère de Jean Mascolo était un génie, mais pas lui. Elle aurait fait un vrai livre, pas cette chose sinistre", avait répliqué Yann Andréa. Jean Mascolo "ne veut pas admettre que sa mère a décidé de façon notoire que ce soit Yann Andréa et pas lui qui soit son héritier spirituel", soulignait à l'époque son avocat, Me Thierry Lévy.

Yann Andréa aux funérailles de Marguerite Duras, le 7 mars 1996 à Paris.

Yann Andréa aux funérailles de Marguerite Duras, le 7 mars 1996 à Paris.

© Jacques Demarthon/AFP


Yann Andréa avait même été poursuivi en 2005 devant la justice par Jean Mascolo qui l'accusait notamment d'avoir adressé au notaire de la famille deux écrits signés par Marguerite Duras modifiant son testament et qui auraient été des faux. Mais il avait été relaxé.

Il s’était mis en retrait ces derniers années, y compris lors du centenaire de Marguerite Duras, célébré le 4 avril dernier. Depuis la mort de Duras, "Yann n'est guère intervenu dans le débat littéraire et ne s'est plus guère exprimé sur la relation qu'il a eue avec elle", notait à cette occasion Alain Vircondelet, biographe et ami intime de Duras, dans Le Point.