Décès de Jacqueline Harpman, la littérature belge en deuil

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 24/05/2012 à 14H06
Jacqueline Harpman avait obtenu en 1996 le prix Médicis pour "Orlanda"

Jacqueline Harpman avait obtenu en 1996 le prix Médicis pour "Orlanda"

© Roussier / SIPA

L’écrivaine et psychanalyste belge Jacqueline Harpman, prix Médicis 1996 pour « Orlanda », est décédée jeudi des suites d’une longue maladie, à l’âge de 82 ans, a annoncé sa famille

"La littérature belge est en deuil", écrit sur son site internet le journal Le Soir. Jacqueline Harpman participait jusqu'il y a peu, avec conviction, au jury du prix Rossel, un des prix littéraires les plus importants de Belgique, souligne le quotidien. Elle l’avait remporté en 1959 avec "Brève Arcadie".

Née à Etterbeek (Bruxelles) le 5 juillet 1929, Jacqueline Harpman a vécu les années de guerre au Maroc, où son père, juif d'origine néerlandaise, avait  décidé de se réfugier. Après un début d'études en médecine, elle se voue à l'écriture.

Prix Rossel et prix Fémina
Dès 1958, l'éditeur René Julliard la pousse à écrire des nouvelles et son premier roman, "Brève Arcadie" en 1959, est qualifié de nouvelle  "Princesse de Clèves" par la critique.

Après "L'Apparition des esprits" (1960) paraît "Les Bons sauvages" en 1966 qui passe inaperçu. Elle cesse alors d'écrire et trouve une voie nouvelle dans la psychanalyse.

Jacqueline Harpman renoue avec l’écriture dans les années 1980. "La Mémoire trouble" (1985) inaugure sa deuxième période littéraire.  Ambiguïté, subtilité des sentiments, férocité vont de pair avec humour. Après  "La Fille démantelée" (1990), elle publie "La Plage d'Ostende" (1991), un de ses romans les plus célèbres, qui évoque férocement la relation entre une femme et un homme  plus âgé.

Une écrivaine de la subtilité des sentiments
Dans des nouvelles publiées sous le titre "La Lucarne", elle s'applique à démythifier les grandes figures féminines.

En 1995, son roman "Moi qui n'ai pas connu les hommes", fable insolite sur 40 femmes enfermées dans une cave au lendemain d'une catastrophe, a manqué le Prix Femina.

Jacqueline Harpman prend sa revanche un an plus tard en remportant le Médicis avec "Orlanda" (Grasset), ex-aequo avec Jean Rolin. Dans ce roman, Aline Berger attend dans un café gare du Nord en lisant  "Orlando" de Virginia Woolf. En face, un beau garçon blond. Elle choisit  d'accomplir l'impossible : elle abandonne son corps de femme pour celui du garçon.

A la fin d'Orlanda, une phrase disait: "Je n'ai jamais eu la prétention d'écrire des histoires moralement correctes." Jacqueline Harpman avait fait sienne cette devise.

Ces dernières années, elle avait notamment publié "Ce que Dominique n'a pas su"  (Grasset, 2007) et "Mes OEdipe" (Grand Miroir, 2006).