Décès d'Assia Djebar, écrivaine et académicienne

Par @Culturebox
Mis à jour le 07/02/2015 à 14H51, publié le 07/02/2015 à 13H08
Assia Djebar à l'Académie Française (22 juin 2006)

Assia Djebar à l'Académie Française (22 juin 2006)

© Frédéric Stevens / SIPA

L'écrivaine algérienne Assia Djebar, membre de l'Académie française, est décédée vendredi à 78 ans dans un hôpital parisien, trois ans après avoir été pressentie pour le prix Nobel de littérature, a annoncé samedi la radio publique algérienne.


La romancière, qui était également cinéaste, sera enterrée, selon ses voeux, dans son village natal de Cherchell, à l'ouest d'Alger, la semaine prochaine.

Née en 1936 dans une famille de la petite bourgeoisie traditionnelle (son père était instituteur) Assia Djebar, de son vrai nom Fatima Zohra Imalyène, a étudié au lycée Fénelon à Paris avant d'être la première femme algérienne à être admise à l'Ecole normale supérieure.

Elle a commencé sa carrière littéraire en 1957 avec "La Soif", suivi en 1958 de l'ouvrage "Les Impatients". Elle choisit comme nom de plume Assia (la consolation) Djebar (l'intransigeance).
 
Elle prend très jeune le parti de l'indépendance de son pays, alors sous domination française, mais décide d'écrire en français.
 
De l'université d'Alger au Centre d'études française de Bâton Rouge
 
De 1962 à 1965, elle enseigne l'Histoire à l'université d'Alger où elle retourne en 1974 pour enseigner la littérature française et le cinéma.
 
Après notamment "Femmes d'Alger dans leur appartement" (1980), "L'amour, la fantasia" (1985), "Ombre sultane" (1987), elle fait parler les grandes figures féminines proches du Prophète dans "Loin de Médine" (1991).

En 1983, Pierre Beregovoy, ministre des Affaires sociales, la choisit pour représenter l'immigration algérienne au Conseil d'administration du Fonds d'action sociale (FAS) où elle siège six ans. Après la mort de son père, en 1995, Assia, qui a toujours vécu entre la France et l'Algérie, accepte la  direction du Centre d'études françaises et francophones de Bâton Rouge (Louisiane).
 
Ecrivaine et réalisatrice
 
Elle poursuit son oeuvre, riche d'une vingtaine de romans sur le sort des femmes et des intellectuels dans l'Algérie de la violente décennie 1990.
 
Suivent entre autres "Le Blanc de l'Algérie" (1996), "Oran, langue morte" (1997, Prix Marguerite Yourcenar à Boston), "Ces voix qui m'assiègent (1999), "La Femme sans sépulture" (2002).
 
Après "La Disparition de la langue française" (2003), elle publie un récit  autobiographique, "Nulle part dans la maison de mon père" (2007).
 
Assia Djebar, qui a aussi enseigné la littérature française à la New York University, était également réalisatrice de films, "La Nouba des femmes du mont Chenoua" (prix de la critique internationale à Venise en 1979) et "La Zerda ou les chants de l'oubli" (prix du meilleur film historique au Festival de Berlin, 1983).
 
Traduite en 23 langues
 
Après un premier mariage (1968-1975), avec l'écrivain Walid Carn (pseudonyme d'Ould-Rouis Ahmed), elle avait épousé le poète Malek Alloula, en 1981.
 
Connue pour son engagement en faveur des droits des femmes, Assia Djebar était considérée comme une des auteurs les plus célèbres et influentes du Maghreb.

François Hollande salue une "femme de conviction"

L'oeuvre littéraire d'Assia Djebar est traduite en 23 langues, selon le site de l'Académie française où elle avait été élue le 16 juin 2005 au fauteuil de Georges Vedel (5e fauteuil). Elle est la première personnalité du Maghreb à y siéger. Elle était à l'Académie royale de Belgique depuis 1999.

François Hollande a rendu hommage dans un communiqué à "la grande intellectuelle algérienne (...), une femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son oeuvre, entre l'Algérie et la France, entre le berbère, l'arabe et le français".