Dans les salons du Crillon, le prix Femina vu de l'intérieur

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 05/11/2012 à 17H48
Camille Laurens, présidente du Femina, annonce le palmarès

Camille Laurens, présidente du Femina, annonce le palmarès

© ALIX WILLIAM/SIPA

La semaine des prix littéraires s'est ouverte aujourd'hui avec l'annonce du prix Femina. Ambiance au Crillon.

Ambiance joyeuse mêlée d'excitation dans les couloirs du Crillon en attendant l'annonce des trois prix du Femina (roman français, roman étranger, essai). Les journalistes twittent pendant que les dames terminent leur déjeuner. "Madame Camille Laurens fera son annonce à une heure" (on ne dit pas 13 heures, quand on parle littérature), déclarent les hommes en noir du Crillon, un peu agacés par cet afflux de journalistes qui gènent les allées et venues des clients du grand hotel, fiers quand même de présenter le menu de ces dames aux caméras de télévision.

Au menu du Fémina

Au menu du Fémina

© Laurence Houot/ Culturebox

Trois quart d'heures avant l'annonce, ces dames donc, n'ont pas encore dégusté leur mille-feuille quand un tweet des éditions du Seuil fait sursauter les journalistes : "Grande nouvelle ce matin : Patrick Deville reçoit le Prix Femina pour Peste & Choléra ! Un grand bravo à lui !". Camille Laurens confirme quelques minutes plus tard (officiellement cette fois), en même temps qu'elle annonce les prix du roman étranger décerné à Julie Otzuka pour "Certaines n'avaient jamais vu la mer" (Phébus) et le prix de l'essai, qui récompense Tobie Nathan pour "Ethno-roman" (Grasset).

La mauvaise humeur consécutive à l'annonce prématurée du lauréat par les éditions du Seuil  fond rapidement quand les portes s'ouvrent, laissant la meute des caméras et des micros s'engouffrer dans le salon Taittinger du Crillon.

Patrick Deville heureux pour son personnage, Yersin

Les trois lauréats sont là.

Julie Otsuka, "Certaines n'avaient jamais vu la mer" (Phébus,Etats-Unis)

Julie Otsuka, "Certaines n'avaient jamais vu la mer" (Phébus,Etats-Unis)

© Laurence Houot/ Culturebox

Tobie Nathan, "Ethno-roman" (Grasset)

Tobie Nathan, "Ethno-roman" (Grasset)

© Laurence Houot/Culturebox

Patrick Deville "Peste & choléra" (Seuil)

Patrick Deville "Peste & choléra" (Seuil)

© Laurence Houot/ Culturebox

Patrick Deville : "Je suis très heureux. Yersin (son héros pasteurien) fuyait les journalistes. C'est amusant, je me demande comment il aurait réagi. Il aurait sans doute de la compassion pour moi à la place où je suis là aujourd'hui ! Je suis heureux pour ce personnage, qui était déjà présent dans mon dernier livre, deux ou trois pages dans "Kampuchéa" (Seuil, 2011). Je voulais lui consacrer un livre entier. La vie de Yersin est magnifique, je voulais en faire un personnage légendaire. Je suis très heureux. J'écris des livres sur des zones. Cela fait quatre ans que j'étais sur cette zone, et ce roman est le dernier, je vais pouvoir passer à autre chose. Un prix c'est bien pour l'aval et pour l'amont. On lira mes livres  précédents, et je peux espérer aussi pour ceux qui suivront. Mais cela ne changera rien à mon travail. Je sais ce que j'ai à faire. Je travaille déjà sur plusieurs autres livres."

Julie Otsuka est assaillie par les photographes pendant que Tobie Nathan, son livre sous le bras, n'en revient pas : "Je suis très touché, car c'est un livre très personnel alors je ne m'y attendais vraiment pas! J'aime beaucoup les femmes et je suis d'autant plus honoré de recevoir ce prix, décerné par des dames", dit-il en souriant. "Ca fait un peu peur quand même tout ça… ", jetant un œil oblique sur la meute de journalistes.

"Un beau palmarès ouvert sur le monde"

Ces dames sont satisfaites. "Un très beau palmarès", se félicite Benoite Groult. "J'aime beaucoup le Deville, c'est une très belle histoire, qui nous transporte ailleurs, qui fait rêver, j'aimais bien le Ferrari mais il n'avait pas l'allure du roman de Deville."

Danièle Sallenave est d'accord : "Grande satisfaction ! C'est vraiment une belle année, un magnifique palmarès très littéraire, au sens d'une littérature ouverte sur le monde et sur l'histoire. Et je suis fière de nos choix." Paula Jacques, qui passe par là suivie de ces deux chiens, ajoute : "On dit ça tous les ans, mais cette année, c'est vrai!"

Benoîte Groult, membre du jury Fémina

Benoîte Groult, membre du jury Fémina

© Laurence Houot/Culturebox
Benoîte Groult ajoute que les membres du Goncourt ont essayé de les dissuader de choisir ce roman, présent dans presque toutes les listes des prix 2012. "Ils nous ont dit qu'ils couronneraient  aussi le Deville, même si nous le choisisssions. Ils font de l'intimidation, mais on ne se laisse pas faire !". Confirmation de Danièle Sallenave, "Oui c'est ce qu'il ont dit, ça peut arriver. Mais ce serait dommage, surtout que c'est une année riche, il y a plein de très bons livres !"

Fin du suspence d'ici la fin de la semaine, avec le Médicis demain 6 novembre, le Goncourt et le Renaudot le 7 novembre.