Brigitte Fontaine donne un "portrait de l'artiste en déshabillé de soie"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 25/10/2012 à 11H31
Brigitte Fontaine se dévoile dans "Portrait de l'artiste en déshabillé de soie"

Brigitte Fontaine se dévoile dans "Portrait de l'artiste en déshabillé de soie"

© Pierre Andrieu / AFP

Brigitte Fontaine, plus connue comme chanteuse, est aussi écrivain. Elle a écrit une vingtaine de livres, son dernier, "Les charmeurs de pierre", est paru au début de l'année chez Flammarion. Dans son "Portrait de l'artiste en déshabillé de soie", elle dévoile un être unique et émouvant.

Anarchiste, en colère, fragile, romantique, cynique, irréverencieuse et joyeuse, mélancolique, Brigitte Fontaine est tout cela à la fois, tantôt. Elle est comme ça Brigitte Fontaine, on ne la rentre pas dans une case, ni pour le genre, ni pour l'humeur.

Cette fois Brigitte Fontaine rejoint l'abbé Pierre, le Dalaï Lama, Danielle Mitterrand ou Sœur Emmanuelle (et d'autres) dans "Le souffle de l'esprit" (Actes Sud), une collection qui se veut "le reflet d'une ouverture des uns aux autres, à travers la prière, la réflexion, la méditation." Brigitte Fontaine s'est livrée à l'exercice à sa manière : déjante et poésie en paravents de sa pudeur. Chez Brigitte Fontaine, il n'y a pas de début, pas de fin, le texte fuse. Dans sa déambulation intérieure, elle opte tantôt pour la gueulante et le texte cru, tantôt pour le chuchotement lyrique, tantôt pour la joyeuse farce, c'est selon. Dans tous les cas, quand on la lit, on l'entend. Ce timbre grave, qui vient du fond de l'âme, les mots sonnent en musique, c'est sa marque de fabrique.

"Il y a sûrement un cheval volant dans le coin. Il suffit de chercher"

Dans ce portrait en déshabillé de "soi", on y apprend qu'elle vient d'un milieu modeste, qu'elle n'aime pas les "bourges" et que son chat mange les fleurs que ses fans lui envoient. On y découvre aussi une femme-funambule, fissurée, qui se bat avec ses affolements, à coup de blagues ou de colères. Et Dieu, la mort, l'amour, l'éternité et les autres dans tout ça? Brigitte Fontaine ne se dérobe pas. "Je suis trop triste pour mourir", dit-elle. "Le monde est un ensemble de choses très compliquées qui marchent très bien sans moi. Des douleurs, des commérages, des morts, des illuminations, des ruelles fumantes. J'en passe, il y en aurait pour l'éternité. Et l'éternité, il vaut mieux la passer à autre chose qu'à recenser l'infini. L'infini au secours ! Et l'infini intérieur, quelle terreur ! Quand on n'y pense pas, on supporte. Le monde est un copain."

"Je débarquerai de mon sous-marin jaune, une couronne de reine sur la tête"

Peurs, angoisses, Brigitte Fontaine suggère de "se protéger dans la vie, ne serait-ce qu'à cause des malédictions muettes qui flottent partout". "Boule de rage et de désespoir", elle choisit souvent la dérision. "Je pourrais même consoler Dieu, mais je crois que je l'afflige plutôt : ça n'empêche pas." Brigitte Fontaine n'a pas d'âge, petite fille quand elle parle de son père (bouleversant), vieille dame résignée quand elle contemple son corps "très finement plissé", adulte quand elle constate "combien il est difficile de n'être qu'une seule personne, et périssable en plus".

Brigitte Fontaine évoque son métier sous les projecteurs, "adore être adorée", même si ça lui joue des tours. "J'aime être belle à la façon qui est la mienne, laide, défaillante et un peu sauvage; j'aurais sans doute préféré un genre plus acceptable."

"Rendez-vous des contraires", ce portrait en déshabillé de soie dévoile une âme habitée par les questions, à la fois joyeuse et désespérée, réfugiée dans le royaume de la poésie, le visage d'une spiritualité sinueuse et singulière, celle d'une seule femme, Brigitte Fontaine. Unique.

Brigitte Fontaine est en tournée avec son dernier album "L'un n'empêche pas l'autre".

Portrait del'artiste en déshabillé de soie, Brigitte Fontaine

Portrait del'artiste en déshabillé de soie, Brigitte Fontaine

© Actes Sud
Portrait de l'artiste en déshabillé de soie, Brigitte Fontaine (Actes Sud, collection "Le souffle de l'esprit") / 112 pages - 9 euros

 

[ EXTRAIT ]

"Je ne peux pas parler de lui sans pleurer. Ecrire oui, peut-être.

Je vais le voir pour la première fois. Je suis très petite. C'est un jour d'une splendeur absolue, un beau temps plus que pafait. Je l'attends dans une ambiance de fête, une excitation énorme. C'est "le papa de Nicole", mais onm'a dit que c'est le mien aussi. Je dis que c'est "le plus beau jour de ma vie".

Soudain je suis sur la route blanche de ce village, à l'intérieur du Finistère, il apparait dans la lumière stridente, il rit, il rit. Ensuite c'est le trou noir.

Quand je pense à lui je vois d'abord la neige contre la mer. C'étaient les premières fois où nous étions seuls depuis ma naissance, ces après-midi d'hiver où il m'emmenait en voiture sur les plages de la côte nord. Nous ne parlions presque pas, peut-être pas du tout, mais nous ressentions, je crois, la douceur profonde d'être ensemble, cette douceur inattendue. J'avais dix-neuf ans et à travers une insouciance sauvage, je sentais sa bonté comme une caresse. Et j'aimais cette neige inhabituelle sur la plage, ce cadeau qu'il me faisait chaque jour."