Autoportrait d’Alexis Jenni, prix Goncourt 2011, en 50 anecdotes

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/10/2013 à 17H52, publié le 22/10/2013 à 10H53
Alexis Jenni

Alexis Jenni

© C.Hélie Gallimard

Après avoir obtenu le prix Goncourt pour son premier gros roman en 2011, l’écrivain revient en librairie là où on ne l’attendait pas. Alexis Jenni propose aux lecteurs un recueil de nouvelles, ou plutôt comme l’indique le sous titre, 50 anecdotes, très personnelles.

Lors de la sortie de « L’art français de la guerre », premier roman d’un inconnu, on se demandait qui se cachait derrière cet auteur. Un professeur de sciences de la vie et de la terre à Lyon, écrivant depuis des années mais sans publier. Il envoie son lourd manuscrit à Gallimard et bingo, 250.000 exemplaires et le prix Goncourt à la clé. Mais qui est-il vraiment ? Il faut sans doute se plonger dans le court ouvrage qui vient de sortir en librairie, « Elucidations, 50 anecdotes », pour connaître un peu mieux le personnage.

Le livre est écrit à la première personne et nous fait partager les introspections légères ou profondes sur sa propre personne. Ces micros souvenirs sont prétextes à poser des questions, à se poser des questions sur l’existence même de ces souvenirs. 

Pourquoi garde-t-il en tête cette trace-là plutôt qu’une autre ? Pourquoi se souvient-il du goût de la langue de bœuf et de la cervelle qu’il mangeait à la cantine de l’école - en quelque sorte, sa première gorgée de bière -? Pourquoi se souvient-il du fantôme du jeune homme à la bougie de Georges de La Tour, au musée de Nancy ? Comment expliquer qu’il puisse se remémorer ce reflet de néon du mot EAU dans les méandres nocturnes de la Saône, il y a une vingtaine d’années ?
 
Des fragments de souvenirs pour une esquisse de portrait
 
Chacune des élucidations nous apporte, comme à l’auteur sans doute, un peu d’éclaircissement sur nos propres micro-souvenirs. Et l’on découvre un homme peu dans l’air du temps, mais sensible à chaque détail, chaque frémissement de sa vie quotidienne. Un homme qui se souvient de son éveil à la vie aux côtés de son père, figure récurrente de ce livre. Un homme dont le regard sur les femmes s’exprime tout en retenue et en précision : l’odeur de cheveux d’une femme lors de la visite d’une grotte ornée, ce nom de Sophie écrit en grosses lettres lui évoquant tout en marchant des rondeurs de femme.

La marche et l’écriture quotidienne dans un café semblent être le mode de travail que nous livre Alexis Jenni. Car à bien le suivre au fil de ces courtes histoires, trop peu fournies pour en faire des nouvelles mais suffisamment riches pour constituer des fragments de peaux, se dessine petit à petit un portrait d’un homme de lettres.

Alexis Jenni nous fait partager ses premiers émois pour la lecture, « lire un livre d’aventures nécessite un rythme de bicyclette : il faut filer pour continuer d’y croire, s’arrêter peut provoquer la chute ».

Il évoque le cadre de son travail d’écriture : « J’ai écrit un roman, ce qui est long. Je l’ai entièrement écrit en dehors de chez moi, dans les cafés, au milieu de gens qui passent. (…) J’ai écrit tout un roman le temps que ses cheveux poussent. Elle les avait juste au-dessous des oreilles, si je me souviens des premiers jours, elle les a maintenant au milieu du dos dans cette lumière que je retrouve. »

Avec « Elucidations », Alexis Jenni partage avec ses lecteurs une sorte de journal de bord de sa mémoire d’écrivain. De la réalité à la fiction, Il nous donne sans doute quelques clés pour mieux appréhender le prochain roman qu’il nous fait ainsi attendre. Sans doute le plus difficile, le second, celui d’après le Goncourt.
 
La couverture d'"Elucidations" d'Alexis Jenni © DR
 « Elucidations, 50 anecdotes » d’Alexis Jenni, édition Gallimard 14€16