"Automobile Club d'Egypte" d'Alaa El Aswany, lutte des classes sous Farouk

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/02/2014 à 17H06, publié le 21/02/2014 à 16H29
Alaa El Aswany

Alaa El Aswany

© Marc Melki

Les lecteurs français ont en grande majorité découvert l’écrivain égyptien Alaa El Aswany au travers du best seller "L’immeuble Yacoubian" porté à l’écran. Pour son nouveau roman, "Automobile Club d’Egypte" (Actes Sud), l’auteur choisit un retour dans le passé colonial de son pays.

Une nouvelle fois Alaa El Aswany choisit un bâtiment, un lieu principal comme théâtre pour les histoires mêlées de ses personnages. Dans cet Automobile Club d’Egypte, bâtiment qui se dresse toujours aujourd’hui à quelques pas de la fameuse place Tahrir, des dominants et des dominés se croisent et se toisent.

 Dans l'Egypte de Farouk

Nous sommes au milieu du XXe siècle. L’Egypte est placée sous le contrôle britannique. Le roi Farouk, d’origine turque est davantage préoccupé par la protection de ses plaisirs des femmes et du jeu, que par le destin de son pays. Dans ce petit monde très fermé, le club n’est accessible qu’aux étrangers et aux dignitaires égyptiens. Le personnel est dirigé par un majordome d’une sadique cruauté envers les employés.

Alaa El Aswany exploite ce face à face entre nantis jouisseurs et serviteurs de ce club pour nous décrire la société de l’Egypte des années 50. Pour mêler les destins, il se sert des personnages d’une grande famille ruinée venues de Haute Egypte dont l’un des membres est engagé parmi les « esclaves » de ce club.

Dans ce contexte particulièrement verrouillé par le colonialisme et la toute puissance royale, les luttes sociales ont du mal à émerger. Mais ce sont ces petits gestes de révoltes répétées qui construisent le roman. Et les interrogations des personnages asservis fusent : « Est-ce que les Egyptiens n’appartiennent pas à l’humanité comme les Européens ? ». « Est-ce que tu crois que le serviteur britannique mérite d’être traité avec respect, tandis que le serviteur égyptien doit être battu ? » Les châtiments corporels des employés sont contestés, les brimades financières dénoncées. Dans ce contexte le mouvement nationaliste Wafd tente d’exister.

 
Premiers cris de révolte
 
La condition de la femme est aussi évoquée de façon très libre. Alaa El Aswany le fait très bien résumer à la jeune femme de la famille de Haute Egypte qu’il a imaginée : « le mariage sans amour est un contrat de vente du corps de la femme, quelque soit la couverture religieuse ou légale qu’on lui donne. Si tu te maries sans amour, tu n’es qu’une marchandise offerte à un client à qui elle a plu et qui a décidé de l’acquérir. » Quelle force du verbe féminin en plein pays arabo musulman !

Tout au long des 540 pages de son roman, l’auteur égyptien nous confirme ses talents de conteur. Mais il ne s’agit pas d’un conte imaginaire. L’air de rien et par l’abondance des personnages il nous livre par petites touches une véritable critique de cette société féodale égyptienne. Il met en évidence tous les ferments d’une colère sociale et d’une révolte à venir. L’histoire ne nous emmènera pas jusqu’à ces épisodes politiques mais le lecteur ne peut qu’y penser aux regards des tensions qui ne cessent de secouer aujourd’hui l’Egypte.
 
"Automobile club d'Egypte" couverture © DR
"Automobile Club d’Egypte" d’Alaa El Aswany, éditions Actes sud.