Alexis Jenni prix Goncourt, avec "L'Art français de la guerre"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 13H39, publié le 02/11/2011 à 11H52
Alexis Jenni

Alexis Jenni

© BATEL / SIPA

Alexis Jenni a reçu mercredi le prix Goncourt pour L'Art français de la guerre, publié chez Gallimard. Un premier roman fleuve qui navigue entre les guerres coloniales d'Algérie et d'Indochine

Grand favori, Alexis Jenni, professeur de biologie à Lyon, a été choisi au premier tour par cinq voix contre trois à Carole Martinez, a annoncé Didier Decoin, membre du jury.

"Je suis extrêmement fier et heureux de passer comme ça d'un premier roman  à ce prix prestigieux. C'est cinq ans de travail qui sont reconnus", s'est félicité le lauréat, qui se dit "très heureux". "J'ai mis longtemps à écrire ce livre et il me faudra un peu de temps pour  réaliser", a-t-il ajouté.

Dans "L'Art français de la guerre", Alexis Jenni a dressé une fresque de plus de 600 pages au style musclé et parfois lyrique dans laquelle il remonte le fil d'une histoire pleine de sang et de combats. Son roman est aussi une réflexion sur l'héritage des conflits coloniaux, la transmission entre générations et la notion d'identité nationale.

"L'Art français de la guerre" a été envoyé par la poste à un seul éditeur, Gallimard, et a fait un tabac dès qu'il a été publié. Il a été encensé par la critique et vendu déjà à 56.000 exemplaires. Il devrait bientôt faire beaucoup mieux : un Goncourt se vend en moyenne à 400.000 exemplaires.

Régis Debray salue un "livre considérable"
"Je suis enchantée car c'était mon livre préféré. C'est un livre rare  d'un écrivain qui laissera sa marque, un vrai livre complètement déroutant, un  livre inattendu sur ce sujet-là traité de cette façon-là", a affirmé Edmonde Charles-Roux, la présidente du jury.

"Jenni fait une entrée fracassante dans le monde des lettres. A 48 ans, il  a eu le temps de polir ses phrases. C'est le roman qui nous a semblé le plus intéressant, le plus novateur, et le plus excitant", a souligné Bernard Pivot, également au jury.

"C'est un livre considérable dont on parlera longtemps. Et voir tant de culture humaniste chez un homme de sciences mérite d'être salué", a renchéri son confrère Régis Debray.

Alexis Jenni se considérait comme un "écrivain du dimanche"
Le nouveau prix Goncourt écrit "pour se faire plaisir", entre deux cours de biologie. Sans contrainte de temps, il avait décidé il y a cinq ans de se lancer "dans quelque chose qui (lui) plaise, quitte à le garder dans un tiroir", agrégeant  ses envies "les plus contradictoires": "récit d'aventure" d'un côté, réflexion  sur l'héritage des conflits coloniaux de l'autre.

"Depuis que j'ai fini mes études, il y a vingt ans, j'ai écrit plusieurs choses qui n'ont pas marché. Alors, je me disais que je resterais toujours un écrivain du dimanche, comme il y a des peintres du dimanche", a raconté avec modestie l'auteur, toujours surpris par l'engouement autour de son livre.

Contrairement à de nombreux premiers romans, "L'Art français de la guerre" n'est pas autobiographique. Il n'y règle pas un compte personnel avec l'armée. Son "moteur intime" touche "à la question de la transmission",  obsession de longue date pour ce père de trois enfants aux origines suisses-allemandes. Il a beau "ne pas croire aux racines, parce que nous ne sommes pas des arbres", il s'interroge sur son absence "de chromosomes français". D'où la réflexion sur l'identité nationale qui hante ses 630 pages.

Un nouveau Goncourt pour Gallimard
Trois autres prétendants étaient en lice pour le Goncourt. Sorj Chalandon, avec "Retour à Killybegs" (Grasset), qui a obtenu jeudi le Grand prix du roman de l'Académie française. Carole Martinez avec "Du domaine des murmures" (Gallimard). Et Lyonel Trouillot pour "La Belle Amour humaine" (Actes Sud).

Alexi Jenni n'est pas le premier à décrocher le Goncourt avec un premier roman: Jean Rouaud l'avait précédé en 1990 avec "Les Champs d'honneur", et Jonathan Littell, plus récemment en 2006, avec "Les Bienveillantes".

Il s'agit du cinquième Goncourt pour Gallimard depuis 2000, contre deux à Grasset, son concurrent de toujours.