"Aimer fatigue" de Philippe Fusaro ou les contours flous de l’amour

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/05/2014 à 11H36, publié le 29/04/2014 à 16H16
Philippe Fusaro

Philippe Fusaro

© Patrice Normand

Un été à Tanger. Moment indéterminé, une histoire à trois dont on sort enivré de volutes d’alcool et d’un parfum de nostalgie, envoûtant. Avec ce nouveau roman "Aimer fatigue", Philippe Fusaro nous entraîne dans une atmosphère subtile mêlant le destin d’un petit espion, d’une starlette de cinéma et d’un écrivain américain à succès en mal d’inspiration.

Tanger, ville de transit qui hésite entre Méditerranée et océan Atlantique. Tanger, ville du bout d’un continent, ville où les trois personnages de ce livre semblent avoir échoué. De grands hôtels, des cafés, un consulat, des décors proches de ceux du cinéma des années 50 et 60 dans lesquels évoluent La Spia, espion ordinaire, Lulù, actrice italienne de péplum et Memphis, un écrivain américain, double de Tennessee Williams.

Lulù devient la maîtresse de La Spia. Memphis et La Spia se lient d’amitié intense. Le scénario pourrait être un remake de ces films américains ou italiens dont les acteurs hantent les nuits et les dérives de désespoir amoureux de Memphis. Marlon Brando, Gian Maria Volontè, John Cassavetes, Vivien Leigh, Ava Gardner, Marcello M. Entre Tanger et Hollywood, entre Tanger, Palerme, Otrante, la Sicile, les personnages évoluent dans cet entre-deux.
 
Corps et alcool
Ils sont souvent dévêtus dans leur lit, leur salle de bains ou au bord de la piscine et sur la plage. Erotisation des corps. Philippe Fusaro nous livre peu d’indices. Il nous laisse nous baigner dans les atmosphères chaudes et un rien désespérées des cocktails chez le Consul, des chambres des grands hôtels où logent La Spia, Lulù et Memphis, des bars où ils consomment jusqu’au bout des nuits leurs verres de rhum-coco. L’ombre de Paul Bowles fait des passages sur la ville.

Avec une grande maîtrise de la lenteur et une efficacité dans les descriptions de situations, Philippe Fusaro laisse au lecteur le soin de comprendre les silences, les non-dits, qui façonnent l’histoire de ses personnages. Il passe sensiblement du récit de l’un à l’autre. A chacun de s’imaginer les destins, de nouer ou dénouer les liens qui les unissent. Et d’entrapercevoir l’espoir qui quoiqu’il en soit ramènera à l’Italie, berceau de toutes les histoires imaginées par Fusaro.
"Aimer fatigue" couverture © DR
  
"Aimer fatigue", de Philippe Fusaro, éditions de l’Olivier

14,25 €