Adrien Goetz redonne "Une nouvelle vie" à Arsène Lupin

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 02/04/2015 à 17H05, publié le 02/04/2015 à 16H44
Le romancier Adrien Goetz

Le romancier Adrien Goetz

© Grasset

"C'est le plus grand des voleurs, oui, mais c'est un gentleman"... Les moins jeunes ont encore dans la tête la chanson de Dutronc qui clôturait les aventures d'Arsène Lupin à la télé ORTF des années 70. D'autres s'aviseront que le cambrioleur inventé par Maurice Leblanc fêtait fin 2014 ses 150 ans et qu'il est temps de lui redonner vie. C'est chose faite sous la plume délicieuse d'Adrien Goetz.

Les amoureux des livres le savent, il n'est de lecture que d'enfance. C'est en souvenir de ses premiers émois littéraires que Tatiana Du Rosnay a passé deux ans à écrire une biographie de Daphné du Maurier dont elle avait adoré, pré-adolescente, "Rebecca". Même cri d'amour de Pierre Bayard quand il s'interroge sur plus de deux cents pages pour savoir s'il aurait, lui, réussi à sauver Geneviève Dixmer (*), l'héroïne sacrifiée du "Chevalier de Maison-Rouge" signé Alexandre Dumas. Identique élan de reconnaissance envers le héros de ses quinze ans dans ce livre vif, cabriolant et désinvolte d'Adrien Goetz, "La nouvelle vie d'Arsène Lupin".

Une intrigue déjantée

Faut-il vraiment raconter l'intrigue, assez déjantée ? Paul Beautrelet, génial chercheur en biologie, vient de décrocher un prix pour ses découvertes menant à un élixir de jouvence. Il se trouve à Strasbourg quand la bâche masquant la cathédrale, en train d'être restaurée, se déchire tout à coup, dévoilant une façade vidée de ses statues. Envolées, disparues ! Un coup d'Arsène Lupin, qui cherche à éblouir le jeune homme. D'ailleurs - quel facétieux, ce Lupin ! - les statues sont vite retrouvées ...dans une station de métro parisienne.

Une autre tente de s'attirer les grâces du charmant scientifique. Son nom ? Joséphine Balsamo, comtesse de Cagliostro, ex-amante devenue ennemie jurée d'Arsène.  Elles et lui veulent la même chose : les secrets de la jeunesse éternelle (qu'ils détiennent pourtant puisque, tels le phénix, ils renaissent sans cesse de leurs cendres).

Aventures rocambolesques et coups de griffe au marché de l'art

Faut-il poursuivre le récit de ces sept aventures qui s'enchaînent et promènent le lecteur de Strasbourg à Paris et du Japon à la Suisse, avec multiples clins d'yeux aux romans de ce vieux Maurice Leblanc (de "La demoiselle au yeux verts" à "L'éclat d'obus") ? Non. Car, le lecteur sera, certes, séduit par ses aventures rocambolesques, mais tout autant par les coups de griffe de l'auteur.

L'historien d'art tourne ainsi en dérision les bourgeois gentilhommes d'aujourd'hui se croyant connaisseurs, et achetant à prix d'or de faux dessins (mangas/bibelots/statues ...), prétendument authentiques . Le normalien philosophe choisit la satire pour épingler les travers du XXIe siècle, à commencer par le panurgisme facebookien.

Fantaisie légère, cette "nouvelle vie d'Arsène Lupin" est tout indiquée dans un train menant à Etretat pour une visite-pélerinage dans le décor de "L'Aiguille creuse". En attendant avec impatience, du même auteur, une suite à la série des Intrigues (à l'anglaise, à Versailles à Giverny) et le retour de Wandrille et Pénélope, ses héros récurrents.

La nouvelle vie d'Arsène Lupin, d'Adrien Goetz (Grasset) 236 pages -18,50 euros

* "Aurais-je sauvé Geneviève Dixmer ?" de Pierre Bayard
(Editions de Minuit, 236 pages,  15 euros)