Prix Goncourt 2015 le 3 novembre : tout reste encore possible

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/11/2015 à 14H35, publié le 31/10/2015 à 17H06
Prix Goncourt : l'attente des journalistes devant le restaurant Drouant (ici en 2012) où est annoncé le nom du lauréat.

Prix Goncourt : l'attente des journalistes devant le restaurant Drouant (ici en 2012) où est annoncé le nom du lauréat.

© Christophe Petit Tesson/MAXPPP

L'écrivain franco-tunisien Hédi Kaddour part sans doute favori pour remporter le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires, mais faire la course en tête peut se révéler un handicap. L'Académie Goncourt aime créer la surprise...

Le nom du successeur de Lydie Salvayre sera annoncé vers 12H45 au restaurant Drouant à Paris dans une bruyante bousculade, loin du monde feutré des belles lettres.
Les quatre derniers finalistes du Goncourt Hédi Kaddour, Tobie Nathan, Mathias Enard et Nathalie Azoulay.

Les quatre derniers finalistes du Goncourt Hédi Kaddour, Tobie Nathan, Mathias Enard et Nathalie Azoulay.

© JOEL SAGET / AFP

Rappelons les finalistes : Outre Hédi Kaddour et son roman "Les prépondérants" (Gallimard), les autres écrivains retenus dans la dernière sélection annoncée à Tunis, sont Tobie Nathan pour "Ce pays qui te ressemble" (Stock), Mathias Enard, auteur de "Boussole" (Actes Sud) et Nathalie Azoulai, la seule femme du  groupe, avec "Titus n'aimait pas Bérénice" (POL).

"Faire honneur à la littérature et rendre service à la librairie" 

"Le choix est très ouvert. On choisit avec notre coeur et notre choix n'est pas forcément le choix de tous", a déclaré à l'AFP l'écrivain Philippe Claudel, un des 10 jurés du Goncourt. "L'Orient domine la sélection car même Racine, au coeur du roman de Nathalie Azoulai, a pris son inspiration en Orient pour certaines de ses pièces", ajoute-t-il. Un autre membre du jury Goncourt, Régis Debray, a confié en début de semaine sur France Inter que ce prix devait faire "à la fois honneur à la littérature et rendre service à la librairie".

Autrement dit, un Goncourt se doit de plaire au plus grand nombre. L'an dernier, Lydie Salvayre avait vendu à peine plus de 2.000 exemplaires de "Faut  pas pleurer" entre fin août et fin octobre. Selon Le Seuil, son éditeur,  400.000 exemplaires ont été écoulés à ce jour.

Etre favori n'est-ce pas un handicap ?

Au jeu des pronostics, neuf des 16 critiques littéraires interrogés vendredi 31 octobre par l'hebdomadaire spécialisé Livres Hebdo s'attendent à voir Hédi Kaddour récompensé. Chronique d'un monde en train de sombrer, "Les prépondérants" est une fresque implacable d'une société coloniale figée des années 1920 en Afrique du Nord. Le roman figure également dans la sélection du Femina (attribué mercredi 4 novembre) et du Medicis (décerné jeudi 5 novembre).

Un des handicaps de Kaddour (70 ans), Goncourt du premier roman en 2005 pour "Waltenberg" (Gallimard) est peut-être d'avoir été récompensé trop tôt. L'écrivain a en effet reçu jeudi le grand prix du roman de l'Académie française, ex-aequo avec le romancier algérien Boualem Sansal, auteur de "2084"  (Gallimard).

"Boussole" de Mathias Enard : trop érudit ?

Jusqu'à présent, seuls deux écrivains ont reçu la même année le prix de l'Académie française et le Goncourt, le dernier en date étant Jonathan Littell en 2006 pour "Les bienveillantes". Cela pourrait favoriser Mathias Enard (43 ans) dont 7 des 16 critiques interrogés par Livres Hebdo affirment qu'il "mérite" le prix. En septembre, Mathias Enard a reçu le prix des libraires de Nancy-Le Point. Or, depuis 2013  les lauréats du prix de Nancy ont été récompensés ensuite par le Goncourt.

Roman ambitieux, "Boussole" revient sur ces échanges incessants entre l'Orient à l'Occident, loin des clichés qui brouillent aujourd'hui notre vision de cet ailleurs. Le livre, enfiévré, tient parfois du poème. Les références culturelles innombrables font aussi parfois pencher "Boussole" vers l'essai  érudit. Cette complexité est le bémol qui pourrait empêcher Enard de décrocher le Goncourt, seul prix pour lequel il a été sélectionné.

Les outsiders Nathalie Azoulai et Tobie Nathan

Cela va-t-il ouvrir un boulevard pour les outsiders que sont Nathalie Azoulai et Tobie Nathan ? L'an dernier, tout le monde attendait Kamel Daoud et  ce fut Lydie Salvayre.

Avec son roman sur l'Egypte de son enfance et la communauté juive du Caire, l'ethnopsychiatre Tobie Nathan (66 ans) livre un roman puissant qui possède toutes les qualités romanesques susceptibles de séduire un large public : soubresauts de l'Histoire, personnages attachants, amour contrarié... Ce livre répond parfaitement à la définition du Goncourt selon Régis Debray.

Erudit sans être pesant, le roman de Nathalie Azoulai (49 ans) est une histoire d'amour déçu d'aujourd'hui à l'ombre du grand Racine. Servi par une écriture sobre et limpide, ce livre est lumineux. Outre le Goncourt, il figure d'ailleurs également dans les sélections du Femina et du Medicis. Le Goncourt, parfois accusé de sexisme (six femmes couronnées depuis 1975) osera-t-il choisir une femme pour la deuxième année de suite ? Réponse le 3 novembre.