Il y avait à l'époque près de cinquante mille Russes qui vivaient à Paris (à la veille de la Première Guerre mondiale, ils étaient à peine plus de trente-six mille dans toute la France). Ils priaient dans des églises orthodoxes, envoyaient leurs enfants dans des écoles russes et discutaient de Dostoïevski au café de La Rotonde, sur les portes duquel un habitué caustique avait proposé un jour d’inscrire le slogan : « Psychopathes de tous les pays, unissez-vous ! »
Fiodor Zavalichine, aussi appelé Théo, fait partie de ces Russes installés en France pour fuir la révolution bolchevique et, comme beaucoup d’entre eux, il se rend lui aussi à une projection du chef-d’œuvre d’Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine, en novembre 1926. En tant que militaire, il a pris part en 1905 à la répression de la mutinerie au sein de la flotte russe et, lorsqu’il découvre sur le grand écran la reconstitution impressionnante de ce massacre dans le port d’Odessa, il est soudainement convaincu d’avoir participé à un crime… Il se précipite au commissariat le plus proche pour faire des aveux, puis essaie de soigner ses remords et sa culpabilité dans un hôpital psychiatrique. C’est là qu’il apprend dans les journaux le récit d’un horrible fait divers : sept femmes sont retrouvées égorgées dans une fosse commune à Deauville. Il attribue sans hésitation ce massacre à son ancien compagnon d’armes et grand mutilé, Ivan Domani, pour qui il avait justement accepté de faire des photos érotiques de sept jeunes créatures. Débute alors pour Théo un long périple chaotique, entre violence et rédemption… Potemkine ou Le troisième cœur est un livre stupéfiant qui nous confirme plus que jamais que Iouri Bouïda, qui jouit d’un grand prestige dans son pays, occupe une place de choix dans la grande tradition littéraire russe.

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