Les auteurs de polars sont-ils des romanciers comme les autres ?

Par @Culturebox
Publié le 11/10/2015 à 13H06
Toulouse Polars du Sud affiche festival © Toulouse Polars du Sud

Comment se fait-il que les grands prix littéraires ne récompensent quasiment jamais de polars ? Et que lorsque cela arrive, comme pour "La Vérité sur l'affaire Harry Quebert" de Joël Dicker, l'ouvrage ne soit pas présenté comme un roman noir ? Au 7e festival international Toulouse Polars du Sud, qui se tenait ce week-end, auteurs et éditeurs s'en sont agacé.

"Le roman noir c'est du bon roman qui a du sens"

Ils représentent un quart des ventes de livres en France. Mais loin de s'en enorgueillir, les auteurs de romans noirs réclament la même reconnaissance que les écrivains de littérature dite blanche.

"Le roman noir c'est du roman, du bon roman qui a du sens", affirme Aurélien Masson, patron de la collection Série Noire chez Gallimard. "On oublie que dans polar, il y a art", clame ce patron de collection qui a réduit le nombre des sorties par an de 50 à 15 pour privilégier la qualité. Et de s'agacer qu'en France, on s'oblige à différencier les auteurs de polars et les autres. "Plus le polar marche, plus il est confronté aux clichés", regrette Aurélien Masson.

Pourquoi Stephen King n'aurait-il pas le Nobel de littérature ?

Ce que déplore également Patrick Pecherot, prix transfuge du polar 2015 ("Plaie Ouverte"/Série noire): "Il n'a pas la même reconnaissance". "Les grand prix littéraires ne vont pas à ce type de livres", dénonce-t-il.

A l'exception peut-être de "La Vérité sur l'affaire Harry Quebert" du Suisse Joël Dicker, sélection finale du Goncourt, prix de l'Académie Française et Goncourt des lycéens. "Mais il n'a jamais été présenté comme un polar", remarque Jean-Paul Vormus, président de l'association Polars du Sud.

"Il y a quelques années un critique américain avait créé la polémique en proposant le Nobel de littérature à Stephen King. A ses yeux, il représentait le meilleur d'un genre en vogue", relève également Donato Carrisi, l'auteur italien le plus lu dans le monde, qui vient de publier "Malefico" (Calmann-Levy). "Maintenant, ce prix pourrait aussi aller à un auteur de policier. Mais cela n'arrivera jamais", regrette-t-il.

Le polar reflet de la société

Longtemps qualifié de "roman de gare", le polar doit désormais répondre à des critères de qualité d'écriture. "Il y a un travail d'esthétique et d'éthique", estime l'Espagnol Victor Del Arbol, grand prix de la littérature policière ("Toutes les vagues de l'océan", éditions Actes sud). "L'intérêt des polars est qu'ils sont de plus en plus sociétaux", remarque le Britannique Graham Hurley (L'incendie/Le Masque), dont les romans sont adaptés sur France 2 (Deux flics sur les docks).

"C'est une occasion d'explorer la société, de connaître son voisin en restant assis dans son fauteuil", ajoute-t-il, estimant que le polar d'aujourd'hui, c'est les ouvrages d'Émile Zola ou de Victor Hugo d'antan. "Les gens aiment les polars parce qu'ils pensent que leur survie dépend de la façon dont ils se comprennent eux-mêmes et dont ils comprennent les autres", renchérit son compatriote Roger J. Ellory (Les Assassins/Sonatine).

Peu d'auteurs français en tête de gondole

Mais "attention", prévient Aurélien Masson, "si on enlève les têtes d'affiche, de nombreux auteurs ne vendent pas beaucoup". Les polars français d'ailleurs rivalisent difficilement face aux romans noirs américains, scandinaves, italiens, allemands, britanniques ou russes. Rares sont les élus à inscrire leurs noms sur la liste des meilleures ventes, à l'instar de Maxim Chattam, Karine Giebel, Franck Tilliez ou encore Fred Vargas.

A Toulouse, comme dans les autres festivals du polar qui se multiplient dans l'hexagone, avec une centaine chaque année, les fans se pressent devant quelques vedettes. Parmi les écrivains remarqués, Christophe Guillaumot, capitaine de police au SRPJ de Toulouse et prix du Quai des orfèvres 2009 (Chasse à l'Homme/Fayard) est venu pour son deuxième livre ("Abattez les grands arbres"/Carin). "Policier, c'est comme un polar: ça fait rêver", constate l'un des rares policiers encore en activité à publier.

Le Festival Toulouse Polars du Sud, qui a débuté vendredi, s'achève dimanche 11 octobre à Toulouse.