François Boulay à Quais du Polar : "Je gratte en moi pour mettre le doute"

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/04/2014 à 17H47, publié le 04/04/2014 à 17H23
François Boulay, écrivain

François Boulay, écrivain

© Vanessa Fize

François Boulay est auteur de romans noirs depuis une vingtaine d'années. En 2007, il s'est vu décerner le prix Quai du Polar pour son livre "Traces". Le Lyonnais est fidèle au rendez-vous. Il participe cette année à une rencontre sur le campus de la Doua et à plusieurs séances de dédicaces. Une exposition est aussi dédiée à ses dessins.

Lorsqu'il se met devant sa table d'écriture, François Boulay n'a pas de plan de travail, de projet précis. Il part d'un dessin, son autre passion, ou de quelques lignes sur un "flash" de départ. Puis il se lance, à la main. Car il aime le bruit du traçage sur la feuille, le confort du stylo. "Et puis c'est beau à voir, un vrai manuscrit", ajoute-t-il. Cela n'empêche, écrire est une entreprise colossale. "J'ai 800 à 1000 heures de travail par ouvrage, j'ai compté".

Laisser monter les zones d'ombre

Dans une autre vie, François Boulay a été chirurgien-dentiste. Grand amateur de sport, il tombe, en montagne, et se retrouve immobilisé un long moment. C'est alors qu'il se lance, pour ne pas tourner en rond. "Quand un auteur dit qu'il a toujours aimé écrire, ça ressemble à une coquetterie, mais pour mon cas, c'est vrai. Enfant, j'étais un élève moyen, un peu en dehors du système. Un seul professeur a réussi à me motiver en me faisant écrire sur le mode d'un scénario, ça a été une révélation". Il dessinait, aussi. Encore aujourd'hui. Pas des histoires, des BD, ça ne l'intéresse pas du tout, "Comme dans l'écriture, je mets en forme des expériences intérieures".
Le dernier roman de François Boulay

Le dernier roman de François Boulay

© DR
"Je laisse monter des zones d'ombre dont j'ignore l'existence, et je cherche à faire de même chez le lecteur, c'est le souci de l'écrivain : révéler chez le lecteur des couches qu'il ne soupçonnait pas". François Boulay n'aime pas les romans d'investigation. "Dans un polar, il y a le délit, le coupable, le mode opératoire, la recherche, la conclusion. Ce qui définit les genres à l'intérieur, c'est la façon dont on place les différents curseurs". L'écrivain lyonnais s'intéresse surtout à ce qui se passe dans la tête. Il a beaucoup étudié les malades, les délinquants passionnels, et à chaque fois il y a quelque chose qui claque quelque part, qui conduit au geste fatal, c'est ce qui l'intéresse.

Jusqu'à l'horreur

François Boulay ne s'inspire pas du réel, des faits-divers, de son environnement. Il fait beaucoup de recherches, en revanche, livres, internet, pour étayer le décor, les circonstances. Mais ça ne doit pas se voir dans le roman. De la même façon, il n'a pas le désir de plaire. ce qui l'amuse, c'est d'accrocher le lecteur comme avec un hameçon, et de le ballader, de le troubler, le retourner, l'emmener sur les bords. "Jusqu'à l'horreur, parfois", dit-il en riant. "Moi, je gratte en moi, pour ensuite partager, mettre le doute, faire chanceler".

Comme une mobylette

Un auteur de polars lit-il des polars ? Eh bien non. "J'ai arrêté d'en lire en 1955, après avoir dévoré toute la littérature policère américaine de l'époque". Il y est un peu revenu, il y a quinze ans, en découvrant de nouveaux auteurs qu'il prise particulièrement, notamment Andréa H Japp. Ce qu'il aime surtout, ce sont les grands auteurs de la littérature sud-américaine comme Borges ou Cortazar. Et puis pour lui, "lire un polar aujourd'hui, c'est comme une mobylette que je démonterais, pour en comprendre tous les rouages".

Parmi les ouvrages de François Boulay :
"Suite rouge", éditions Télémaque, "Traces", chez Folio Policier, "Cette nuit..." chez Télémaque.