Bons baisers sanglants d’Australie. Signé Hervé Claude

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/12/2012 à 13H03, publié le 13/12/2012 à 11H07
Hervé Claude

Hervé Claude

© PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI

Depuis quelques années, l’ancien journaliste de télé devenu romancier de polar nous envoie régulièrement une sombre carte postale d’Australie. A la veille de Noël, il récidive avec « Les mâchoires du serpent » publié chez Actes noirs-Actes sud.

En bon polar classique, l’histoire est jalonnée de meurtres étranges aux quatre coins de l’Australie. Tous ont un point commun. Il s’agit d’hommes retrouvés le sexe tranché. Ça fait mal, c’est très mâle et c’est haletant.

L’enquête est menée par Ashe,  un Français installé près de Perth qui se fait passer parfois pour un journaliste (tiens, tiens ça nous rappelle quelqu’un). Il travaille en sous main pour un ami qu’il a bien connu et pas que bibliquement, le chef adjoint de la police locale Ange Cattrioni.
La couverture du livre d'Hervé Claude

La couverture du livre d'Hervé Claude

© Actes Sud
Dans le viseur d’Hervé Claude, pas de clichés d’une Australie gay, ensoleillée et surfeuse mais un pays où le tous pourris est davantage de mise.  Les meurtres d’un bucheron, d’un mineur de fond, d’un directeur d’une grande compagnie de nickel servent de rebonds à la description d’un tableau social tendu entre la société australienne blanche et les Aborigènes. Les conflits entre les sociétés minières et les peuples Aborigènes chassés de leurs terres, marginalisés dans le pays sont au cœur de cette histoire écrasée de soleil.

La corruption de la presse, la collusion des politiques et des grandes entreprises entretiennent une chape de plomb sur ce système. L’enquête tout autant journalistique que policière emmène le lecteur de Tasmanie aux banlieues des grandes cités australiennes, des plages aux mines de nickel de la partie occidentale du pays. Mais la visite n’a rien de touristique. Elle est à la limite de la désespérance sur l’état des Aborigènes décris par Hervé Claude : marginalisation, alcool et drogue.

Les Bikers blancs se servent des Aborigènes pour diffuser la drogue. Les grandes sociétés minières vont toujours plus loin dans l’exploitation des ressources et des hommes. Ashe fera-t-il bouger le regard des Australiens sur les Aborigènes vers qui tous les soupçons convergent à propos de ces meurtres ? C’est un peu la clé de ce livre vif, torride instructif.

Après sa lecture vous ne verrez plus l’Australie de la même façon. Dommage si vous prévoyez d’y partir en vacances (c’est l’été en ce moment). Instructif et passionnant si vous êtes curieux.

« Les mâchoires du serpent » d’Hervé Claude, Actes Sud, actes noirs (21 euros)