Polémique autour du candidat Alain Finkielkraut à l'Académie

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/04/2014 à 15H31, publié le 08/04/2014 à 12H24
Alain Finkielkraut en 2012

Alain Finkielkraut en 2012

© Loïc Venance/AFP

L'élection jeudi du philosophe Alain Finkielkraut à l'Académie française aurait pu être un long fleuve tranquille vers l'immortalité, mais le scrutin s'annonce houleux, certains académiciens contestant l'arrivée de cet intellectuel médiatique et controversé sous la Coupole.

Cette agitation autour de sa candidature au fauteuil de Félicien Marceau, disparu en mars 2012, ne devrait pas déplaire à ce polémiste anticonformiste "mu par la volonté aristocratique de déplaire", selon Pascal Bruckner qui cosigna avec lui "Le Nouveau Désordre amoureux", succès en 1977 de ces deux brillants philosophes de 28 ans s'attaquant au mythe de la révolution sexuelle.

Aujourd'hui, à 64 ans, "Finkie" continue de déchaîner les passions. Pourfendeur du politiquement correct, critique de la modernité, l'auteur de "La Défaite de la pensée" est admiré par les uns, accusé d'être réactionnaire par les autres. Son dernier livre, "L'identité malheureuse" (Stock), sur l'identité nationale et l'immigration, a suscité de vives polémiques fin 2013. Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, s'était d'ailleurs opposé au philosophe sur la question de l'intégration dans "Des paroles et des actes" sur France 2. 

Jean d'Ormesson "Si Finkielkraut n'est pas élu jeudi, je ne mettrai plus les pieds à l'Académie"

C'est pourquoi certains redoutent l'arrivée sous la Coupole d'une personnalité trop "clivante", selon Le Figaro. Les adversaires du philosophe sèment la zizanie en coulisse, insistant sur ses positions "droitières", mais avancent masqués. Les partisans de Finkielkraut montent eux au créneau, dénonçant une "cabale politique" contre lui. Mais "l'Académie française n'est pas l'Assemblée nationale", réagit un académicien auprès de l'AFP. "Si Finkielkraut n'est pas élu jeudi, je ne mettrai plus les pieds à l'Académie", a prévenu Jean d'Ormesson selon Le Figaro, qui cite parmi les partisans du philosophe Pierre Nora, Max Gallo ou Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'institution fondée en 1635 par Richelieu.
Ces soutiens d'académiciens avant une élection "posent un problème juridique, cela est contraire aux statuts de l'Académie", s'étonnent des Immortels. "Il y en a assez des élections pliées d'avance !", avancent même quelques-uns, sous couvert d'anonymat.   Après une élection blanche le 14 novembre, faute de majorité, et une seconde reportée, cinq autres candidats sont en lice jeudi pour ce fauteuil 21 : Gérard de Cortanze, Renaudot 2002 pour "Assam", Alexis Antois, Yves-Denis Delaporte, Robert Spitzhacke, qui fait campagne sur son blog, et Athanase Vantchev de Thracy.
 
Finkielkraut : "Mes buts ne sont pas politiques"

Fils d'un déporté survivant d'Auschwitz, Alain Finkielkraut est né le 30 juin 1949 à Paris dans une famille juive d'origine polonaise. Normalien, agrégé de lettres et professeur de philosophie, notamment à l'Ecole polytechnique jusqu'à l'an dernier, il voue aux lois de la République un respect absolu. On retrouve chez l'écrivain et philosophe, à qui un lymphome a coûté la vision de l'oeil droit, l'influence de Hannah Arendt, Emmanuel Lévinas, Charles Péguy ou encore de son ami Milan Kundera, qui dit de lui: "cet homme ne sait pas comment ne pas réagir".

Auteur d'ouvrages sur la fin de la culture, la littérature, l'amour, la modernité, l'éducation ou la religion, Finkielkraut a été l'un des premiers intellectuels à prôner une intervention occidentale en ex-Yougoslavie. Il s'est fait connaître du grand public, avec son alter ego Pascal Bruckner, grâce au "Nouveau Désordre amoureux", puis "Au coin de la rue l'aventure" en 1979. Parmi ses oeuvres principales figurent "La Défaite de la pensée" (1987), "Internet, l'inquiétante extase" (2001), "La Querelle de l'école" (2007), "Un coeur intelligent", prix de l'essai de l'Académie française 2010, ou encore "Et si l'amour durait" (2011).
"Mes buts ne sont pas politiques", assure celui qui anime chaque samedi l'émission "Répliques", sur France Culture. "J'écris pour dévoiler ce qui m'apparaît comme une certaine vérité. Les nuances ne peuvent pas être l'alibi pour noyer le poisson". Avec sa verve habituelle, Finkielkraut fustige aussi le déferlement de termes scatologiques dans notre vocabulaire. De quoi animer, s'il est élu, les séances d'élaboration du Dictionnaire de l'Académie.