Le 17e Printemps des poètes célèbre l'insurrection

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/03/2015 à 15H20, publié le 09/03/2015 à 15H15
L'affiche du 17e Printemps des poètes (détail), création graphique : Florence Jacob.

L'affiche du 17e Printemps des poètes (détail), création graphique : Florence Jacob.

© Florence Jacob / Printemps des poètes

Malgré la suprématie du roman, la poésie reste vivante avec de nouvelles voix qui cherchent à se faire entendre autrement : théâtre, lecture, éveil des tout petits, autant d'initiatives qui sont mises en avant par le Printemps des poètes, qui a pour thème cette année l'insurrection poétique.

La poésie investit les rues, les écoles et les transports, hommage sera rendu à Luc Bérimont, pour le centenaire de sa naissance, ainsi qu'à Robert Desnos, poète insurgé, résistant, déporté, mort au camp de Terezin le 8 juin 1945.
 
La 17e édition du Printemps des poètes est aussi l'occasion de découvrir de nouveaux ouvrages comme l'anthologie "L'insurrection poétique" (Editions Bruno Doucey), "Droit de citer la poésie" (Le temps des cerises) ou encore, "La Vie, l'Amour, la Mort, le Vide et le Vent et autres textes" de Rogert Gilbert Lecomte (Gallimard).
 
Découvrir les poètes contemporains
 
Et, alors qu'il ne nous est pas évident de citer un poète d'aujourd'hui, cette fête de la poésie vise à faire découvrir les auteurs contemporains, à travers une série de manifestations organisées dans toute la France jusqu'au 22 mars.
              
"C'est l'oralité qui a sauvé la poésie ces dernières années. Le retour au souffle, à la volonté d'échanger par les mots et de retrouver la gourmandise et le plaisir du texte. C'est tout sauf un art empoussiéré, ennuyeux", clame le poète Zéno Bianu pour qui avec la poésie "on est complètement dans les arts  vivants".
              
Le poète (né en 1950) collabore avec les comédiens Denis Lavant et Tcheky Karyo qui sont de "formidables porte-parole, des rampes de lancement pour faire connaître la poésie".
              
"Le lectorat est parfois déconcerté par les recueils de poésie et entre beaucoup plus facilement dans la densité du texte lorsque la voix le porte", assure également le directeur de la maison de la poésie de Paris, Olivier Chaudenson.
              
La poésie, un lieu d'échange
 
"La poésie contemporaine est relativement peu lue aujourd'hui et il me semble que la rencontre avec l'auteur, la lecture, la performance, tout ce qui montre que la poésie est un art vivant, tout ce qui est du registre de la littérature en scène, est une façon de s'exprimer auprès d'un public plus large", explique Olivier Chaudenson.
              
Mais au-delà de la forme, on attend aussi de la poésie contemporaine qu'elle aborde des thèmes qui touchent le lecteur.
 
La petite maison d'édition pour la jeunesse Rue du monde a ainsi demandé à 30 poètes contemporains "porteurs de l'esprit d'enfance" de s'exprimer sur le monde d'aujourd'hui et de réagir à ce qui ne va pas sur la planète, dans le recueil "Je rêve le monde, assis sur un vieux crocodile".
              
"La poésie ce n'est pas l'exercice de la récitation, c'est un lieu de discussion, d'échange autour des enjeux du monde, les enfants ont besoin de cette respiration", souligne l'éditeur pour la jeunesse.
              
Pour lui, l'enfant peut "rencontrer le poème" dès 2-3 ans, et il a construit une collection de livres "petits géants" proposant des auteurs comme Eluard ou Queneau aux tout petits.
 
              
Des best-sellers souterrains
 
Une collection qui rencontre le public car il s'en est déjà vendu plus de 20.000 exemplaires, selon l'éditeur. "On est des best-sellers souterrains !", s'amuse Zéno Bianu en prenant pour  exemple son "Anthologie de Haikus" publiée en 2003 chez Gallimard qui a continué  son chemin jusqu'à aujourd'hui pour frôler les 100.000 exemplaires vendus.
              
La poésie représente peu de chose sur le plan économique, selon le syndicat  national du livre (SNE). Le théâtre et la poésie, comptabilisés ensemble, ont représenté 0,5% des exemplaires vendus en 2013. "C'est un petit segment de marché, avec de petites maisons d'éditions, très  soutenues par les subventions du Centre national du livre (CNL)", explique Christine de Mazières du SNE.
              
"Heureusement que c'est un secteur soutenu !", s'exclame Zéno Bianu, car "il n'a pas le même niveau de visibilité". "Pour moi, un poète qui vend à 3.000 ou 4.000 exemplaires équivaut à un romancier qui vend à 30.000 ou 40.000  exemplaires".
              
La parole à ceux qui ont 17 ans
 
Et la poésie peut encore surgir là où on ne l'attend pas, comme dans une rame de métro parisien quand un inconnu propose de vous donner un poème en échange de votre obole, plutôt que de faire la manche.
 
Pour sa dix-septième édition, le Printemps des Poètes s'introduit dans les écoles, les médiathèques des hôpitaux, le centre pénitentiaire d'Avignon, dans les villes et aussi dans des villages.
 
Il donne la parole à  celles et ceux qui ont dix-sept ans en 2015, en écho au premier vers de "Roman"  d'Arthur Rimbaud ("On n'est pas sérieux quand on a 17 ans") en les invitant à choisir "leur" poème, "celui qui fait le plus écho à leur état d'esprit à leurs attentes, à leurs espérances". Le poème lauréat sera annoncé le lundi 9 mars à la station de métro Jaurès, à  Paris, en présence de la chanteuse Camélia Jordana.