Festival "Voix vives" de Sète : la Nouvelle-Calédonie entre poésie et politique

Par Christian Tortel
Mis à jour le 30/07/2016 à 17H40, publié le 30/07/2016 à 17H38
A Sète, le dialogue de deux femmes de Nouvelle-Calédonie, Déwé Gorodé et Imasango

A Sète, le dialogue de deux femmes de Nouvelle-Calédonie, Déwé Gorodé et Imasango

© France Télévisions

Parmi la centaine de poètes invités au festival "Voix vives" de Sète, deux femmes nées en Nouvelle-Calédonie, Déwé Gorodé, "Kanak", et Imasango, "métisse", co-signent le recueil "Se donner le pays, paroles jumelles" en un beau geste poétique et très politique : en 2018, ce territoire d’outre-mer français se prononcera par référendum sur son accession à la pleine souveraineté.

Dans les ruelles de Sète, entre les maisons du quartier des pêcheurs, la moindre parcelle de ciel est occupée par une citation de poète. Des mots qui résonnent sur un fond d’actualité violente. Du Libyen Soad Salem, les passants peuvent apprécier : "Je ne vais pas dépenser le temps que j'ai dans la haine". De l’Iranien Garous Abdolmalekian : "Ta robe bouge dans le vent / Voilà / Le seul drapeau que j'aime"

Loin des turbulences de la Méditerranée orientale, la Nouvelle-Calédonie pourrait apparaître un petit paradis. L’archipel est un laboratoire politique et social où ses 262.000 habitants se cherchent un "destin commun", selon l’expression consacrée, bien après les événements qui ont endeuillé les années 80 dont la violence a culminé avec l’assassinat à Ouvéa de la figure indépendantiste Jean-Marie Tjibaou.

« Nous sommes jardinières de lendemains possibles »   


Déwé Gorodé et Imasango se placent dans cette perspective. "Agir ensemble" en écrivant un recueil de poésie dans la lignée des années de paix marquées par les accords de Matignon (1988) puis de Nouméa (1998) qui prévoient un référendum en 2018.

"Femmes nourricières porteuses de vie, nous sommes jardinières de lendemains possibles, nos gestes enracinés au quotidien des vigilances rendent aux semences le soleil bâtisseur", écrit Imasango dans "Se donner le pays", centième numéro des éditions Bruno Doucey.

Pendant plusieurs mois, une fois par semaine, elles se sont rencontrées au domicile de l’une à Nouméa puis de l’autre à Ponérihouen, en province Nord. Figure politique indépendantiste, Déwé Gorodé a fait partie de tous les gouvernements calédoniens depuis la création de cette institution en 1999.

La femme politique souhaite "garder haut l’écriture poétique de la résistance et vers la paix". Cette année, Sète avait placé son festival Voix vives dans "un chemin de paix".


Reportage de Christian Tortel, Kelly Pujar, Bruno Haetjens, Nicole Coisman