Espagne : la mort du poète Marcos Ana, emprisonné 23 ans sous Franco

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/11/2016 à 14H40
Marcos Ana le 10 mai 2012 à Ávila, en Castille-et-León

Marcos Ana le 10 mai 2012 à Ávila, en Castille-et-León

Le poète espagnol Marcos Ana, qui avait passé 23 années en prison sous la dictature du général Francisco Franco, s'est éteint à Madrid à 96 ans, a annoncé le Parti communiste d'Espagne (PCE).

Né Fernando Macarro Castillo le 20 janvier 1920, le poète est "décédé jeudi à l'hôpital Gregorio Marañón, accompagné de sa famille et d'amis", a indiqué Mundo Obrero, publication du PCE, au sein duquel il milita jusqu'à la fin.

Emprisonné à 19 ans, libéré à 42 ans

"Accusé de trois assassinats pour lesquels d'autres détenus avaient déjà été fusillés", il était entré en prison à 19 ans et n'en était sorti qu'à 42, a rappelé le quotidien El Pais, le présentant comme "le prisonnier politique ayant passé le plus de temps dans les geôles franquistes".

Affilié très jeune au Parti communiste, il s'était enrôlé dans le camp républicain pendant la guerre civile (1936-1939). Après la victoire du camp nationaliste, il avait été arrêté à Madrid. Condamné à mort par deux fois, sa peine avait été commuée en trente ans de réclusion. Le jeune détenu avait alors commencé à écrire des livres de poésie - "Poemas desde la cárcel" (Poèmes depuis la prison", 1960), ou "Espana a tres voces" (L'Espagne à trois voix, 1961) - qui allaient lui valoir les éloges de Pablo Neruda ou de Rafael Alberti.

Une fois libre, il s'est exilé à Paris

Son pseudonyme de Marcos Ana, il l'avait conçu en réunissant les prénoms de ses deux parents, son père étant mort dans un bombardement pendant la Guerre civile. Quand il avait été libéré en 1961, Marcos Ana s'était exilié en Paris où il avait dirigé le Centre d'information et de solidarité "avec Pablo Picasso comme président d'honneur", a rappelé Mundo Obrero.

Après la mort de Franco en 1975, il avait pu rentrer en Espagne, où il avait continué à écrire et à militer pour la libération de prisonniers politiques, notamment ceux détenus au Chili sous la dictature de Pinochet.

Réagissant à son décès, le dirigeant du parti antiaustérité Podemos (gauche radicale), Pablo Iglesias l'a salué sur Twitter comme "un héros du peuple". "Tu fais la fierté de tes camarades et la nôtre", a-t-il écrit.

En 2007, Marcos Ana avait publié des mémoires intitulées "Dites-moi à quoi ressemble un arbre !", puis en 2013, un livre dédié à la jeunesse confrontée à la crise économique, "Vale la pena luchar" (Cela vaut la peine de lutter).

Très en forme à 95 ans, il avait donné en 2015 une interview vidéo au journal en ligne eldiario.es, dans laquelle il rappelait n'avoir jamais été un "partisan de la vengeance".