En 1925, un professeur d’hydrographie est nominé pour recevoir un prix de l’Académie des Sciences. contre toute attente, il refuse le prix et explique ses raisons dans un manuscrit adressé au président de l’Académie : vingt ans auparavant, il avait été promu officier hydrographe d’une exploration fluviale en Chine et avait été le témoin – et l’acteur – d’événements dramatiques passés sous silence. Mais les circonstances historiques, dont ce roman s’inspire librement, ne suffisent pas à rendre compte des motifs du refus. Ce voyage de l’officier hydrographe est également un cheminement intérieur autour du déterminisme des actions humaines et de la beauté indifférente de la Nature. Les explorations françaises fluviales en Chine aux alentours des années 1900 sont encore peu connues du public. Elles offrent un contexte romanesque permettant d’intégrer une dimension politique – en 1902, la gauche arrive au pouvoir et en pleine laïcisation de la France se désintéresse de ces expéditions lointaines perçues comme colonisatrices et au service des missions religieuses – avec une dimension scientifique – l’hydrographie est en plein développement et commence à expliquer ce qui relevait auparavant du hasard et du chaos : le sens des tourbillons, la forme des remous, etc. Le roman est construit sur une mise en résonance entre les interrogations éthiques du narrateur, qui le mèneront au bord de l’effondrement, et sa fascination pour la contemplation de l’eau. L’apparente froideur de ton comme le style, d’une économie et d’une précision remarquables, accentuent l’aspect dramatique du récit de l’officier hydrographe dont on trouverait sans peine de nombreux équivalents dans la politique contemporaine.

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