Michel Houellebecq perd son procès contre "Le Monde"

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/09/2016 à 17H32, publié le 08/09/2016 à 17H15
Michel Houellebecq à Barcelone le 19 septembre 2012

Michel Houellebecq à Barcelone le 19 septembre 2012

© Estevez Alberto / Efe / Sipa

L'écrivain Michel Houellebecq a perdu jeudi le procès qu'il avait fait au journal Le Monde, à qui il reprochait d'avoir publié un petit mot - "Les médias, c'est fini" - qu'il avait fait passer à son avocat en 2002, selon une décision consultée par l'AFP.

Le 20 août 2015, dans le cadre d'une série d'articles consacrés à l'écrivain, le quotidien était revenu sur son procès en 2002. Houellebecq était poursuivi alors pour avoir déclaré notamment que "la religion la plus con, c'est quand même l'islam". Ces propos avaient été publiés dans le magazine Lire, dont l'éditorial affirmait que Michel Houellebecq avait répondu "en buvant comme un trou".

Lors de son procès, l'écrivain avait griffonné : "Ma décision est irrévocable: les médias, pour moi, c'est fini." Mot qu'il avait fait passer à son avocat Emmanuel Pierrat. Cette note avait été publiée par Le Monde.

L'écrivain se plaignait d'une atteinte à son droit d'auteur

Dans son jugement jeudi, la 3e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris a rejeté les deux griefs invoqués par Michel Houellebecq, tout comme la contradiction que la défense du Monde lui reprochait. L'écrivain se plaignait d'une atteinte à son droit d'auteur. Mais encore faut-il que la lettre présente une "composition structurée, servie par un style propre à l'auteur", qui "porte son empreinte et sa personnalité", ce qui n'est pas le cas ici, ont estimé les juges : "Le seul fait que la missive ait été écrite par un écrivain dont la renommée n'est pas en cause ne peut suffire à lui conférer une originalité."

Quant à l'atteinte au secret professionnel dont se plaignait Michel Houellebecq, "ni les journalistes, ni les sociétés d'édition ne sont assujettis à ce secret", a répondu le tribunal.

De plus, les juges soulignent que la lettre en question a été adressée au Monde "en connaissance de cause" par son avocat d'alors, Me Emmanuel Pierrat, qui avait demandé au journal de mentionner que le petit mot provenait de sa collection. Michel Houellebecq a été condamné à verser 4000 euros au Monde pour les frais de procédure.

Ignorant si son client entendait faire appel, l'avocate de Michel Houellebecq, Me Nathalie Dubois, a estimé que ce jugement "méconnait les principes essentiels de tous les auteurs à autoriser ou non la reproduction de leur correspondances".

Le Monde "très heureux" du jugement, selon son avocat

La journaliste Ariane Chemin et Le Monde sont "très heureux" que le tribunal ait rejeté les demandes "particulièrement infondées" de Michel Houellebecq, a réagi l'avocat du journal, Me François Saint-Pierre. Selon lui, "ce qui était en jeu, c'était la liberté" pour un journal "de publier le portrait d'un écrivain qui (lui) refusait toute interview". "Les écrivains connus ne sont pas maîtres du discours" les concernant, a-t-il ajouté.

Michel Houellebecq avait refusé de s'exprimer auprès du Monde et avait demandé à son entourage de faire de même.